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« J’aurais pu y laisser la vie » : le piercing du cartilage cache un danger mortel

À 18 ans, Éloïse rêvait d’un piercing à l’hélix — cette zone précise du bord extérieur de l’oreille. Morgane, elle, a choisi l’anti-hélix, sur le pli intérieur. Deux choix esthétiques, deux professionnels différents… et un même cauchemar médical. Quelques semaines après la pose, des infections sévères les ont conduites jusqu’au bloc opératoire. Aujourd’hui, elles témoignent : un piercing du cartilage mal géré peut coûter bien plus qu’un simple gonflement.

 

Des infections résistantes aux traitements habituels

Les symptômes apparaissent souvent de façon insidieuse : douleur sourde, rougeur, chaleur locale. Puis, rapidement, l’état empire. Malgré des cures d’antibiotiques prescrites par des médecins généralistes, ni Éloïse ni Morgane ne trouvent de soulagement. Morgane en vient à dormir dans sa baignoire, l’oreille immergée dans l’eau froide, seule solution pour atténuer une souffrance devenue insupportable.

Les deux jeunes femmes finissent par être hospitalisées. Des analyses bactériologiques révèlent une infection à Pseudomonas aeruginosa — une bactérie courante dans les eaux usées — ou à Proteus mirabilis, parfois associée à des environnements de décomposition. « On m’a dit que c’était une bactérie qu’on retrouve aussi sur des cadavres », raconte Morgane, encore marquée par l’expérience.

Une chirurgie souvent inévitable

Contrairement aux piercings du lobe, le cartilage de l’oreille est peu vascularisé. Cela signifie que les défenses immunitaires y circulent mal, rendant les infections plus difficiles à traiter. Quand les antibiotiques échouent, la seule solution est chirurgicale. Les deux jeunes femmes ont donc subi une intervention sous anesthésie générale pour retirer le tissu infecté — une opération lourde, aux suites longues et douloureuses.

Qui est responsable ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer une telle complication :

  • Un manque d’hygiène du perceur ou de son matériel,
  • L’utilisation d’aiguilles non stériles ou de bijoux de mauvaise qualité,
  • Une non-conformité aux soins post-perçage par le client (toucher fréquent, nettoyage insuffisant),
  • Une sensibilité individuelle ou une réponse immunitaire atypique.

Pourtant, même dans les salons réputés, le risque zéro n’existe pas. Le piercing du cartilage reste une procédure invasive, souvent banalisée par les réseaux sociaux, mais dont les conséquences peuvent être dramatiques.

Un avertissement urgent pour les jeunes

Alors que les tendances esthétiques poussent de plus en plus de jeunes à multiplier les perforations — hélix, tragus, daith, conch —, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme. « Ce n’est pas un simple accessoire. C’est une plaie ouverte dans du cartilage », rappelle un ORL contacté par nos soins. Une plaie qui, mal entretenue, peut entraîner une nécrose du cartilage, une déformation permanente de l’oreille… ou pire.

Éloïse le dit sans détour : « J’aurais pu y laisser la vie. » Un message fort, lancé à ceux qui voient encore le piercing comme un geste anodin.