Locations de ski en péril : la révolution énergétique déferle sur les Alpes
Les amateurs de glisse ne le savent peut-être pas encore, mais leur prochain séjour à la montagne pourrait coûter bien plus cher — ou tout simplement ne plus être possible. Une réforme silencieuse, inscrite dans la loi depuis 2025, ébranle le marché des locations entre particuliers dans les stations françaises. Et cette fois, ce ne sont pas les intempéries qui menacent, mais l’État lui-même.
Quand la loi énergétique frappe les chalets
Depuis le 1er janvier 2025, il est illégal de louer un logement classé G au Diagnostic de performance énergétique. En 2028, ce sera au tour des F, puis des E en 2034. En station de ski, ce calendrier sonne comme un couperet : près de 64 % des biens pourraient devenir inlouables d’ici une décennie s’ils ne sont pas rénovés.
Beaucoup de ces logements datent d’avant 1974, époque où les normes thermiques n’existaient pas. Résultat ? Des passoires thermiques qui consomment trop d’énergie, nuisent au climat… et mettent leurs propriétaires en infraction.
Un sursis controversé pour les plateformes touristiques
Pour éviter l’effondrement immédiat de l’offre touristique, les pouvoirs publics ont accordé un délai exceptionnel : les logements déjà listés sur des plateformes de location courte durée peuvent continuer à être proposés jusqu’en 2034, même s’ils sont classés G.
Mais cette exception creuse un fossé. D’un côté, les touristes profitent d’un large choix de chalets. De l’autre, les habitants voient disparaître les rares logements disponibles en location longue durée.
Qui paie le prix de cette double peine ?
Les saisonniers — cuisiniers, moniteurs, caissiers — sont les premiers touchés. Sans logement abordable à proximité, beaucoup renoncent à travailler dans les stations. Les familles locales suivent le même chemin, poussées vers les vallées ou les grandes villes.
“On marche sur la tête !”, dénonce Loïc Cantin, président de la Fédération nationale de l’immobilier. “On protège le tourisme au détriment du droit au logement.”
Un compromis politique au goût amer
La députée Annaïg Le Meur, à l’origine de la loi, admet avoir cédé sur le calendrier. “C’était un point de compromis”, reconnaît-elle, consciente que les élus de montagne craignent l’effondrement économique.
Pourtant, sans incitations financières fortes — aides publiques, prêts à taux zéro, accompagnement technique —, peu de propriétaires engageront les travaux de rénovation énergétique nécessaires. Le risque ? Une offre réduite, des prix en hausse, et des stations de plus en plus réservées aux plus aisés.
Et après ?
Le coût d’un séjour au ski en 2025 pourrait grimper bien au-delà des 853 € déjà observés chez les 25-34 ans. Moins de logements = plus de concurrence = tarifs en flèche.
Si la transition énergétique est incontournable, son application doit aussi protéger les communautés locales. Sinon, les Alpes risquent de devenir des musées à ciel ouvert… réservés aux visiteurs de passage.
