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« 3 000 € par mois et 9 semaines de vacances » ? Une assistante maternelle dénonce le mirage de Capital

Le dernier reportage de Capital sur M6 a fait sensation en présentant le métier d’assistante maternelle comme une planque dorée : salaire élevé, temps libre abondant, horaires à la carte. Mais pour Angélique, professionnelle chevronnée de la petite enfance, cette image relève d’une illusion médiatique. « Ce n’est pas la vérité », lance-t-elle, exaspérée par ce qu’elle perçoit comme une manipulation des faits.

Quand la télévision idéalise un métier exigeant

Dans l’émission diffusée début janvier 2026, Virginie, récemment installée comme assistante maternelle, affirme percevoir plus de 3 000 euros mensuels tout en bénéficiant de neuf semaines de congés. Un portrait séduisant, mais profondément éloigné de la réalité vécue par la majorité des professionnelles du secteur. Angélique, qui accueille des enfants depuis plusieurs années, tient à remettre les pendules à l’heure.

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Des contraintes légales bien réelles

Contrairement à l’idée véhiculée par le reportage, une assistante maternelle ne décide pas librement de ses horaires ni de ses conditions de travail. Elle est soumise à un cadre réglementaire strict : un plafond de 48 heures de travail par semaine en moyenne glissante sur quatre mois, soit un maximum de 2 250 heures annuelles. Tout dépassement peut entraîner la révocation de son agrément ou l’absence de couverture en cas d’incident. « On n’est pas entrepreneur au sens libéral du terme », souligne Angélique. « On est salariée, avec des obligations précises. »

Le piège des chiffres trompeurs

Les fameux 3 000 euros cités par Virginie incluent des indemnités de frais réels — repas, produits d’entretien, activités — qui ne constituent pas un revenu imposable. Ces montants ne sont pas pris en compte dans le calcul des droits à la retraite ni des allocations chômage. En réalité, son revenu net annuel avoisinerait les 28 000 euros, soit environ 2 330 euros par mois. Une différence cruciale que le montage télévisé occulte.

Les 9 semaines de congés : mythe ou réalité ?

L’un des points les plus contestés concerne les congés payés. Le reportage laisse entendre que les assistantes maternelles disposent systématiquement de neuf semaines de repos rémunéré. En vérité, seules 5 semaines légales sont payées. Les quatre semaines supplémentaires mentionnées correspondent à des périodes d’absence prévues au contrat — souvent liées aux vacances scolaires — mais non rémunérées. « Ce sont des semaines sans solde », précise Angélique. « Elles sont déduites du salaire annuel, puis lissées sur douze mois. »

Un système de rémunération opaque

Le salaire final varie selon de nombreux paramètres : nombre d’enfants gardés (jusqu’à quatre avec agrément), durée du contrat (année complète ou incomplète), région, et modalités de paiement. Dans le cas fréquent d’une garde incomplète, l’assistante maternelle perçoit un salaire lissé, mais les mois où elle reçoit les indemnités de congés peuvent créer une illusion de sur-revenu. Cela donne l’impression d’un salaire élevé, alors qu’il s’agit simplement d’un décalage de trésorerie.

Un métier vital, mal compris

Derrière l’image simpliste de « baby-sitter à domicile » se cache un rôle complexe : stimulation cognitive, sécurité affective, respect des rythmes de l’enfant, gestion administrative, veille sanitaire. Pourtant, la profession reste sous-valorisée, tant sur le plan financier que social. Le reportage de Capital a ravivé une frustration ancienne : celle de voir son travail réduit à des chiffres sortis de leur contexte.

« Ce métier mérite honnêteté et reconnaissance », conclut Angélique. « Pas des promesses en toc pour faire de l’audience. »