Travailler plus, gagner (presque) rien : le plan choc de Retailleau dévoilé
Une vision radicale du « retour au travail »
Pour le sénateur des Républicains, la France souffre d’un excès de protection sociale qui découragerait l’initiative individuelle. Dans cette logique, il propose de remplacer plusieurs dispositifs existants — RSA, prime d’activité, allocation de solidarité — par un revenu d’incitation à l’activité. Mais attention : ce revenu ne serait versé qu’à condition de travailler au moins 15 heures par semaine. Moins que cela ? Aucune aide. Une rupture nette avec le principe de solidarité inconditionnelle.
Les 35 heures, réformées jusqu’à l’os
Le temps de travail fait aussi l’objet d’un profond remodelage. Exit le cadre rigide des 35 heures : place à un système annualisé de 1 623 heures par an. Ce qui revient à imposer deux journées supplémentaires de travail sans majoration automatique. Seules les heures dépassant ce seuil ouvriraient droit à des exonérations fiscales pour les salariés — et à une suppression totale des cotisations patronales pour les entreprises.
Cette mesure vise officiellement à « rendre le travail plus attractif ». En réalité, elle transfère une partie du risque économique sur les épaules des travailleurs, tout en allégeant la charge des employeurs.
Chômage, seniors, frontaliers : tout est repensé
L’assurance chômage subirait également un tour de vis. Désormais, trois refus successifs d’offres jugées « raisonnables » entraîneraient des sanctions immédiates. Les ruptures conventionnelles, souvent utilisées comme issue élégante en période de crise, seraient strictement encadrées.
Pour les seniors, la stratégie est différente : inciter au prolongement de la vie professionnelle via une exonération de cotisations en cas de cumul emploi-retraite. Quant aux travailleurs frontaliers, leurs droits à l’indemnisation pourraient être révisés, dans un souci d’équité perçue avec les résidents français.
Un compte social unique… et un plafond moralisateur
Pour centraliser l’ensemble des aides publiques, Bruno Retailleau imagine un compte social unique par foyer. Ce compte serait plafonné à 70 % du SMIC net, quelle que soit la composition familiale ou la situation géographique. L’idée ? S’assurer que « personne ne gagne plus en restant chez soi qu’en allant travailler ».
Sauf que pour des millions de précaires, le problème n’est pas le manque d’envie de travailler — c’est l’absence d’emplois décents, accessibles, ou compatibles avec leur vie. Ce plan, loin de résoudre cette crise structurelle, risque surtout de punir ceux qui en sont déjà les victimes.
