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Interdiction des réseaux sociaux aux mineurs : protection ou piège numérique ?

Emmanuel Macron a lancé l’alerte : les réseaux sociaux menacent nos enfants. En conséquence, il exige une interdiction pour les moins de 15 ans… et active la procédure accélérée. Mais cette urgence cache-t-elle un autre agenda ? Car derrière le discours bienveillant sur la sécurité des mineurs, se profile un système de vérification d’identité en ligne qui pourrait transformer radicalement notre rapport à Internet.

Une mesure simple avec des implications complexes

Interdire Instagram, TikTok ou Snapchat aux jeunes semble logique. Personne ne conteste la nécessité de protéger les adolescents des dérives du numérique. Pourtant, appliquer cette règle exige une infrastructure précise : chaque utilisateur devra prouver son âge. Et donc son identité.

C’est là que le débat change de nature. Ce n’est plus seulement une question de parentalité numérique. C’est celle de savoir si l’État peut — ou doit — exiger une authentification systématique pour accéder à l’espace public en ligne.

Les vrais sujets abordés « en province »

Lors de ses déplacements, Emmanuel Macron n’insistait guère sur la santé mentale des ados. Il parlait surtout de désinformation, de campagnes électorales manipulées et de souveraineté numérique. Autant de thèmes liés à la stabilité du régime démocratique — pas à la vie quotidienne des collégiens.

Pourquoi ce décalage entre le discours public et les préoccupations exprimées en terrain ? La réponse pourrait tenir en un mot : opportunité. Utiliser la protection des enfants comme levier pour imposer un cadre de contrôle des contenus plus large.

Le glissement vers un contrôle algorithmique

Une fois l’identité numérique vérifiée, rien n’empêche d’associer chaque compte à un historique de comportements, de signalements, voire de « conformité civique ». On entre alors dans une logique proche du crédit social, même si le terme est officiellement banni.

Et ce n’est pas qu’une théorie. Des projets européens comme eIDAS2 posent déjà les bases d’une identité en ligne certifiée, partagée entre États membres. La France pourrait devenir le laboratoire d’un nouveau modèle de modération étatique.

Qui décide de ce qui est dit — et par qui ?

La question centrale n’est pas tant « faut-il protéger les mineurs ? » — la réponse est oui. Elle est : « à quel prix ? »

Si la solution passe par une traçabilité obligatoire de tous les internautes, alors la liberté d’expression, l’anonymat légitime, et même la dissidence politique risquent d’être sacrifiés sur l’autel de la sécurité.

Dans ce contexte, la « sidération » médiatique devant les accessoires présidentiels n’est pas qu’un détail anecdotique. Elle symbolise une distraction : pendant qu’on commente les lunettes, on vote des lois qui redéfinissent la liberté numérique pour des générations.