Tempête politique autour du 1er mai : bientôt permis de travailler ce jour férié ?
Le 1er mai, symbole mondial des travailleurs, est-il en train de perdre son caractère sacré en France ? Une proposition de loi, adoptée par le Sénat mais encore en suspens à l’Assemblée nationale, envisage d’élargir les dérogations permettant aux commerces d’ouvrir ce jour férié. Si elle aboutit, cette réforme redéfinirait l’équilibre entre héritage social, réalité économique et droits individuels.
Un flou juridique qui pénalise les professionnels
Aujourd’hui, le 1er mai est théoriquement chômé pour tous — sauf exceptions. Pourtant, de nombreux commerçants se retrouvent dans une zone grise. Un boulanger peut-il fournir du pain à ses clients ? Un fleuriste peut-il vendre du muguet sans risquer une amende ? La réponse varie selon les métiers, les départements, voire les interprétations locales.
Julien, patron de deux boulangeries, a été rappelé à l’ordre après avoir ouvert en 2025. « On nous traite comme des délinquants alors qu’on répond à un besoin », déplore-t-il. Ce sentiment d’injustice est partagé par des centaines d’artisans confrontés à une réglementation jugée incohérente et obsolète.
Quels secteurs bénéficieraient de la réforme ?
La proposition de loi vise à clarifier et étendre les dérogations existantes. Elle ciblerait principalement :
- Les fleuristes, dont le chiffre d’affaires annuel dépend largement du muguet du 1er mai
- Les boulangeries, essentielles pour l’approvisionnement alimentaire quotidien
- Les restaurants, cafés et brasseries, déjà habitués à fonctionner les jours fériés
- Les salles de cinéma et lieux culturels, déjà couverts par des exceptions
L’objectif n’est pas de généraliser le travail, mais de permettre à ces activités de fonctionner légalement — sans craindre une sanction administrative.
Des protections renforcées pour les salariés
Pour éviter toute dérive, le texte prévoit des garanties strictes :
- Le travail le 1er mai reste facultatif — aucun employé ne peut être forcé
- Le refus ne peut entraîner aucune sanction ou discrimination
- Les heures effectuées doivent être payées double
- L’employeur doit obtenir un accord écrit préalable de chaque salarié
Ces mesures visent à concilier flexibilité économique et respect des droits fondamentaux.
Une opposition forte, ancrée dans l’histoire
Malgré ces assurances, le projet suscite une vive contestation. Syndicats, associations et élus rappellent que le 1er mai incarne plus qu’un simple congé : c’est le fruit d’un siècle de luttes ouvrières. « C’est un acquis social, pas une variable d’ajustement économique », affirme un représentant syndical.
En janvier 2026, près de 200 personnes se sont rassemblées devant l’Assemblée nationale pour défendre ce principe. Leur crainte ? Que la marchandisation du calendrier efface progressivement les repères collectifs du monde du travail.
Prochaines étapes : un vote reporté, mais pas abandonné
Initialement inscrit à l’ordre du jour en janvier 2026, le texte a été reporté faute de temps. Toutefois, il pourrait ressurgir dans le cadre d’un projet de loi sur la modernisation du commerce ou la simplification administrative. Si la France modifie sa position, elle rejoindrait plusieurs pays européens où le 1er mai est férié… mais pas universellement chômé.
Entre mémoire collective et adaptation au présent, le débat sur le 1er mai révèle les fractures profondes de notre modèle social.
