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Macron à Davos : le prix caché des lunettes aviateur made in France

Janvier 2026. Emmanuel Macron débarque au Forum économique mondial de Davos avec un accessoire inattendu : des lunettes aviateur miroir dorées. L’image fait instantanément le tour des réseaux sociaux. Mais ce qui devait être un symbole du savoir-faire français se transforme rapidement en polémique industrielle.

Quand les lunettes présidentielles deviennent virales

Le chef de l’État français ne quitte pas ses lunettes aviateur pendant toute la durée du sommet économique. Même en intérieur, il garde cet accessoire qui lui donne des allures de pilote de chasse. Les comparaisons avec Tom Cruise dans Top Gun fusent de toutes parts.

Très vite, les curieux veulent identifier le modèle. Il s’agit du Pacific S 01 en doublé or, fabriqué par le lunetier Henry Jullien. Cette entreprise familiale jurassienne, basée à Lons-le-Saunier, connaît soudainement une notoriété mondiale. Son site internet est temporairement saturé par l’afflux de visiteurs.

Le prix ? Environ 659 euros pour une monture présentée comme entièrement réalisée en France. L’Élysée aurait même vérifié personnellement l’origine de fabrication avant la commande présidentielle.

Le revers de la médaille industrielle

Mais cette success story française cache une réalité bien plus sombre. En 2023, Henry Jullien a été racheté par le groupe italien iVision Tech. Depuis, plusieurs anciens employés dénoncent des changements profonds dans l’organisation du travail.

Certaines étapes de fabrication auraient été délocalisées en Italie. Les cadences de production se sont considérablement accélérées. Le temps de confection, autrefois de quatre mois par paire, a été réduit.

Des licenciements qui interrogent

Florence Bernard raconte son expérience. Entrée en 1989 chez Henry Jullien, cette soudeuse expérimentée a reçu une lettre de licenciement en octobre 2024. Motif invoqué : insuffisance professionnelle.

Pourtant, elle compte 35 ans d’expérience dans l’entreprise. Comme elle, plusieurs artisans ont été remerciés pour ne pas tenir les nouvelles cadences imposées. Quatre ex-salariés ont décidé de porter plainte aux prud’hommes.

Le paradoxe du marketing politique

L’avocat des anciens employés, Me Philippe Métifiot-Favoulet, dénonce un discours trompeur. Comment peut-on vanter une fabrication 100% jurassienne tout en licenciant des artisans qualifiés ? La communication autour des lunettes de soleil présidentielles relèverait purement du marketing.

Chaque paire du modèle Pacific nécessitait près de 280 étapes de fabrication artisanale. Aujourd’hui, ce niveau d’exigence semble incompatible avec les objectifs de production. Le contraste entre l’image véhiculée et la réalité du terrain est saisissant.

La version de la direction

Stefano Fulchir, PDG de Henry Jullien, défend une stratégie à deux vitesses. Selon lui, la paire portée par Emmanuel Macron a bien été entièrement réalisée à Lons-le-Saunier. Une dizaine de salariés continuent de produire sur place les modèles en doublé or.

Le reste de la production serait assuré en Italie pour répondre à la demande croissante. L’objectif affiché : préserver l’atelier jurassien tout en développant l’entreprise à l’international.

Un symbole qui dépasse l’accessoire

Cette histoire dépasse largement le simple cas des lunettes aviateur de Macron. Elle interroge le sens même du made in France dans un contexte de mondialisation. Comment concilier excellence artisanale et compétitivité industrielle ?

Le Forum économique mondial de Davos était censé mettre en valeur l’industrie française. Cette polémique révèle les tensions entre communication politique et réalité économique. Derrière chaque symbole national se cache souvent une histoire bien plus complexe.