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Incendie de Crans-Montana : le témoignage accablant de Jacques Moretti sur la mousse acoustique

Un mois après la tragédie qui a dévasté le bar Le Constellation à Crans-Montana, faisant 40 victimes et plus d’une centaine de blessés, l’enquête judiciaire continue de dévoiler des éléments troublants. Parmi eux, un aveu surprenant de Jacques Moretti, propriétaire de l’établissement, qui révèle une incompréhension flagrante des risques liés à la mousse acoustique installée dans son sous-sol.

Les charges retenues contre le couple Moretti

Les autorités judiciaires suisses du canton du Valais ont engagé des poursuites contre Jacques et Jessica Moretti pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence. Interrogés séparément par le parquet de Sion, les deux Français ont dû répondre à près de 200 questions chacun. Leur stratégie de défense repose sur l’absence de mises en garde lors des contrôles de sécurité effectués avant le 31 décembre 2025.

Cependant, les déclarations du propriétaire concernant le matériau à l’origine du drame posent question. La mousse acoustique installée au plafond du sous-sol s’est avérée être le point de départ de l’incendie meurtrier.

L’échange révélateur avec l’employé Gaëtan

Le 14 décembre 2025, quinze jours avant la catastrophe, Jacques Moretti et son employé Gaëtan remplacent huit plaques de mousse qui se détachent du plafond. Après avoir visionné une première vidéo du résultat, le patron se montre satisfait et demande à son salarié de retirer les anciennes plaques restantes.

Mais Gaëtan, plus prudent, remarque un problème d’adhérence sur une zone spécifique et envoie une seconde vidéo à son employeur. La réponse de Jacques Moretti est pour le moins inquiétante : « Gaëtan, tu vois si ça tombe, parce que j’ai mis une mousse, mais une mousse que je ne connais pas. Donc dis-moi si c’est bon. Dis-moi si elle tombe ou pas. Si elle tombe, il va falloir le laisser, malheureusement ». Une formulation qui démontre une méconnaissance totale des normes de sécurité incendie applicables aux ERP.

L’expérience du chalumeau : un aveu qui en dit long

Confronté aux enquêteurs sur ses vérifications préalables, Jacques Moretti reconnaît avoir effectué un test personnel avant l’installation définitive. Selon ses déclarations, il se serait rendu dans une enseigne spécialisée où un vendeur lui aurait recommandé ce produit « adapté à un lieu ouvert au public ».

Mais le plus choquant reste son témoignage sur l’expérience qu’il a réalisée : « J’ai pris un chalumeau pour tester la mousse. Ça a brûlé, j’ai dû éteindre le feu. Mais le seul truc qui m’a dérangé, c’est la fumée. Sinon, rien ne m’a choqué. Beaucoup de fumée pour pas grand-chose ». Un aveu qui interpelle sur la perception des dangers liés aux matériaux inflammables dans un établissement recevant du public.

La défense invoque une responsabilité partagée

Les avocats du couple Moretti mettent en avant une chaîne de responsabilités multiple. Selon eux, la signalétique d’évacuation et les dispositifs de sécurité auraient été installés par des prestataires externes spécialisés, et non par les propriétaires eux-mêmes.

Jacques Moretti admet toutefois des failles dans la transmission des consignes de sécurité à son personnel. « Peut-être que je n’ai pas tout transmis », reconnaît-il, précisant que certaines pratiques relevaient davantage « d’habitudes » que de procédures formelles. Le couple affirme catégoriquement n’avoir pris aucun risque conscient, invoquant une confiance excessive dans les contrôles administratifs antérieurs.

Le canton du Valais mobilise une aide d’urgence

Face à l’ampleur de la tragédie qui a également fait 116 blessés, le canton du Valais a mis en place une aide d’urgence exceptionnelle pour soutenir les victimes et leurs familles. Cette mesure s’inscrit dans un dispositif plus large de prise en charge psychologique et matérielle destiné à accompagner la communauté traumatisée de Crans-Montana.

L’enquête se poursuit pour établir précisément les responsabilités dans ce qui constitue l’une des plus graves catastrophes liées à un incendie de bar en Suisse ces dernières décennies.