Crans-Montana : un mois après, le bilan s’alourdit. La 41e victime s’appelait A.
Le temps n’efface pas la douleur. Il l’alourdit parfois. Samedi 31 janvier 2026, alors que des centaines de personnes marchaient dans les rues de Lutry, bougies à la main, pour commémorer le premier mois sans les quarante victimes de l’incendie du Constellation, un jeune homme de 18 ans rendait son dernier souffle dans un hôpital suisse. A. — c’est l’unique initiale que les autorités ont autorisé à divulguer — devient ainsi la 41e victime de la plus grave tragédie de l’histoire récente de la Suisse romande. Son décès, survenu trente jours après le drame du Nouvel An, rappelle cruellement que certaines blessures ne se referment jamais complètement.
Le visage derrière le chiffre : un espoir brisé sur un parquet
A. était bien plus qu’une statistique. Originaire de Lutry, cette commune paisible du canton de Vaud, il consacrait sa jeunesse au basket-ball. Licencié aux Pully Lausanne Foxes, il enfilait régulièrement le maillot orange du club, cinquième du championnat suisse. Ses entraîneurs le décrivaient comme un joueur appliqué, doté d’une vivacité remarquable sous le panier. Ses coéquipiers, comme des frères de parquet, l’imaginaient déjà en professionnel dans quelques années.
Le soir du 31 décembre 2025, A. avait choisi de célébrer la nouvelle année au bar Le Constellation, situé à Crans-Montana, station de ski prisée du Valais. L’établissement était bondé. L’ambiance festive. Personne ne pouvait prévoir que quelques instants plus tard, les flammes allaient engloutir l’endroit, transformant une célébration en cauchemar. A. figurait parmi les cent seize personnes évacuées vivantes, mais grièvement blessées. Brûlures sévères. Intoxications aux fumées toxiques. Son pronostic vital était engagé dès les premières heures.
Une marche blanche, un deuil suspendu
Le hasard, cruel parfois, a voulu que le décès d’A. coïncide avec la marche blanche organisée à Lutry. Des centaines de personnes, dont de nombreux jeunes du club de basket, ont défilé en silence, portant des fleurs blanches et des photos des victimes. Ils marchaient pour les quarante. Ils ne savaient pas encore qu’ils marchaient aussi pour le quarante et unième.
Le lendemain, la nouvelle est tombée. Le père de Trystan, adolescent décédé dans l’incendie de Crans-Montana, a publié un message poignant sur les réseaux sociaux : « A. de Lutry est décédé, un autre ange est parti ». Ces quelques mots ont fait le tour de la Suisse en quelques heures. Ils ont ravivé la douleur des familles. Ils ont rappelé à tous que ce drame n’était pas terminé.
Pourquoi ce décès tardif bouleverse-t-il autant ?
La mort d’A. un mois après le drame souligne la gravité des blessures subies par certaines victimes. Elle rappelle que les conséquences d’un incendie meurtrier ne se limitent pas aux premières heures. Elles s’étirent sur des semaines, des mois, parfois des années. Pour les proches, chaque jour d’hospitalisation était un espoir. Chaque bulletin médical, une attente angoissée. L’annonce du décès a brisé ce fragile espoir de rétablissement.
L’enquête avance, lentement, sous le regard des familles
Un mois après la tragédie, l’enquête judiciaire se poursuit. Le Ministère public valaisan coordonne les investigations avec minutie. Plusieurs personnes sont au cœur des interrogatoires : le couple Moretti, propriétaires du bar Le Constellation, ainsi que deux hommes dont l’implication reste à déterminer précisément.
Les enquêteurs tentent de comprendre comment un incendie a pu se propager aussi rapidement dans un établissement fréquenté par plus de cent cinquante personnes. Les questions se multiplient. Les normes de sécurité étaient-elles respectées ? Les issues de secours étaient-elles accessibles ? Un défaut d’entretien a-t-il joué un rôle ? Autant d’éléments que les familles des victimes exigent de connaître.
La mort d’A. a relancé le débat sur la sécurité incendie dans les établissements recevant du public en Suisse. Des parlementaires appellent à un durcissement des contrôles. Des associations de victimes réclament une transparence totale sur les conclusions de l’enquête. Le souvenir des quarante et une victimes pourrait devenir le catalyseur d’un changement législatif majeur.
Et maintenant ? Le long chemin du deuil et de la justice
Pour la famille d’A., le temps des obsèques approche. Pour ses coéquipiers du club de basket, celui de décider comment perpétuer sa mémoire — peut-être en créant un trophée à son nom, ou en retirant son numéro de maillot. Pour la Suisse entière, celui de tirer les leçons d’une tragédie qui n’aurait jamais dû arriver.
Un mois après l’incendie du Nouvel An, le bilan humain est lourd. Quarante et une vies perdues. Cent quinze survivants marqués à vie, physiquement ou psychologiquement. Et une question qui hante les consciences : comment empêcher qu’un tel drame ne se reproduise ? La réponse passe par la vérité. Celle que l’enquête doit impérativement révéler.
En attendant, le souvenir d’A. — jeune basketteur plein d’avenir, fils aimé, coéquipier apprécié — restera gravé dans les mémoires. Comme celui des quarante autres victimes. Comme une promesse silencieuse de ne jamais oublier.

