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Philippe Bilger dénonce la « pensée unique » de CNews après son retrait brutal

Fin janvier 2026, Philippe Bilger disparaît soudainement des plateaux de CNews. À 82 ans, l’ancien magistrat ne se contente pas de constater son éviction : il la commente avec une rare franchise. Dans les colonnes du Monde, il décrit une chaîne gangrenée par une « philosophie totalitariste », où les vrais débats n’ont plus leur place. Pour lui, quitter CNews n’est pas une perte — c’est une libération.

Un départ sans préavis ni explication

 

Le 23 janvier, Philippe Bilger apprend par message interne qu’il ne sera plus invité sur les deux émissions qui structuraient encore sa présence médiatique : le mercredi midi avec Sonia Mabrouk et le jeudi matin aux côtés de Pascal Praud. Aucune justification officielle n’est fournie. Mais les observateurs pointent un détail crucial : depuis son intervention du 27 octobre 2025, où il avait osé douter publiquement de l’innocence de Nicolas Sarkozy, ses interventions avaient été progressivement réduites.

Cette remise en cause, jugée inacceptable par l’animateur phare de L’Heure des Pros, semble avoir scellé son sort.

Des lignes rouges invisibles mais strictes

Dans un article du Monde intitulé « L’Heure des pros, l’extrême droite à l’antenne sur CNews », Bilger résume avec ironie la doctrine non écrite de la chaîne : « Il y a deux mamelles fondamentales sur CNews : Sarkozy est innocent de tout, comme Israël. » Une phrase lapidaire qui révèle l’existence d’un alignement idéologique implicite, difficile à contourner pour un esprit critique comme le sien.

Une crise médiatique en profondeur

L’éviction de Bilger ne survient pas dans le vide. Elle s’inscrit dans une période de forte instabilité pour CNews. Le maintien de Jean-Marc Morandini à l’antenne — malgré sa condamnation pour corruption de mineurs entre 2009 et 2016 — a provoqué un exode silencieux de plusieurs personnalités, dont Laurence Ferrari et Sonia Mabrouk. Un Complément d’enquête diffusé sur France 2 en novembre 2025 a par ailleurs mis en lumière des pratiques éditoriales controversées, renforçant la perception d’une crise de légitimité au sein de la chaîne.

« Soulagé » de quitter une atmosphère étouffante

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Bilger ne nourrit aucun ressentiment. « Je suis profondément soulagé de ne plus appartenir à cette chaîne d’opinions », affirme-t-il. Il précise même, avec une pointe d’humour mordant : « J’étais fier de représenter le “S” à la fin d’“opinions”… mais je n’aurais pas su partir seul. »

Pour lui, CNews incarne désormais une inquisition médiatique, où l’absence de « vrais sourires » symbolise un climat de conformisme intellectuel. Dans cet environnement, son rôle de juriste indépendant devenait incompatible avec les attentes de la direction.

Un signal d’alarme pour le débat public

Le témoignage de Philippe Bilger dépasse le simple conflit personnel. Il soulève une question essentielle : peut-on encore exercer une pensée libre dans les médias d’opinion ? Alors que CNews revendique la pluralité, son fonctionnement interne semble favoriser une uniformité discursive rigide. Le départ de Bilger, ancien procureur général respecté, marque peut-être le moment où certains choisissent l’intégrité plutôt que la visibilité.