Crise à l’Institut du Monde Arabe : Jack Lang démissionne après les révélations sur Epstein
Une institution emblématique en quête de stabilité
Fondé en 1980 par un accord entre la France et 22 États arabes, l’Institut du Monde Arabe occupe une place unique dans le paysage culturel parisien. Situé au cœur du 5ᵉ arrondissement, ce bâtiment de 26 900 m² abrite un musée, une bibliothèque, des espaces d’exposition et un centre de langues. Pourtant, derrière cette façade prestigieuse se cache une réalité complexe. La Cour des comptes, dans son rapport du 9 décembre 2024, pointe un déficit structurel préoccupant, un rayonnement principalement parisien et une fréquentation essentiellement scolaire.
Le statut juridique singulier de l’IMA
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’Institut du Monde Arabe n’est pas un établissement public classique. Il fonctionne sous la forme d’une fondation de droit privé reconnue d’utilité publique, avec un conseil d’administration indépendant. L’État français subventionne l’institution à hauteur de 12,3 millions d’euros annuels depuis 2017, mais le soutien des pays arabes partenaires — notamment l’Arabie saoudite, le Qatar et le Koweït — reste sporadique. La Cour des comptes note même un « désengagement relatif » de ces acteurs historiques.
Rémunération et gouvernance : des pratiques contestées
Jack Lang percevait une indemnité de fonction de 111 000 euros bruts annuels, inchangée depuis 2013. Selon la Cour des comptes, ce montant se situe « dans le bas de la fourchette » comparé à des institutions similaires. Cependant, le rapport met en lumière des zones d’ombre dans la gouvernance : collaborateurs non mentionnés à l’organigramme, rémunérations parfois juridiquement contestables, et présence marquée de proches dans l’entourage immédiat du président, notamment son épouse Monique Lang et Claude Mollard, conseiller spécial de 84 ans.
Transition et perspectives d’avenir
Jean-Noël Barrot a annoncé la convocation d’un conseil d’administration extraordinaire sous sept jours pour désigner un président par intérim. Cette transition intervient à un moment critique pour l’institution, qui doit devenir pleine propriété de l’État fin 2038 à l’issue de son bail emphytéotique. Au-delà du départ de Jack Lang, l’Institut du Monde Arabe devra engager une profonde refonte de sa gouvernance, renforcer sa transparence et recentrer ses efforts sur sa mission fondamentale : être un pont entre les cultures arabes et occidentales.
