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Enquête judiciaire contre Delphine Ernotte : les frais exorbitants de l’hôtel Majestic éclaboussent France Télévisions

Une tempête judiciaire s’abat sur la direction de France Télévisions. Ce mercredi 11 février 2026, une information judiciaire a été ouverte contre Delphine Ernotte-Cunci, PDG du groupe audiovisuel public, pour abus de biens sociaux et recel. L’affaire concerne un séjour somptueux à l’hôtel Majestic de Cannes en mai 2023, dont la facture s’élève à 112 123 euros. Une dépense colossale alors que l’entreprise publique cumule un déficit de 81 millions d’euros depuis 2017. Le syndicat CFE-CGC avait déjà dénoncé en 2024 cette « somme extravagante », bien au-delà du plafond autorisé de 350 euros. Aujourd’hui, la justice entre en scène.

Le séjour cannois : une facture qui fait scandale

Du 19 au 27 mai 2023, Delphine Ernotte et plusieurs cadres dirigeants de France Télévisions ont posé leurs valises dans l’un des établissements les plus prestigieux de la Croisette. L’hôtel Majestic, classé 5 étoiles, a vu défiler les responsables du groupe audiovisuel public pendant huit jours. La note finale : 112 123 euros. Une somme astronomique pour un séjour professionnel, d’autant plus dans un contexte de rigueur budgétaire.

Le montage financier en deux parties

La facture se décompose en deux volets distincts. La première partie, de 38 467 euros, concerne les cofondateurs du média Brut, Renaud Le Van Kim et Guillaume Lacroix. Présents en tant que partenaires publicitaires, leur présence était justifiée par des négociations commerciales. La seconde partie, bien plus lourde avec 73 656 euros, a été réglée grâce au système de barter publicitaire. Ce mécanisme, qui permet d’échanger des prestations contre des espaces publicitaires, est désormais au cœur des investigations.

La plainte syndicale : le premier signal d’alarme

En 2024, le syndicat CFE-CGC sonnait l’alarme. Les représentants des cadres de France Télévisions déposaient une plainte formelle, dénonçant une dépense « extravagante » et « disproportionnée ». Selon eux, cette facture dépassait « très largement le plafond spécifique autorisé de 350 euros ». Le syndicat pointait du doigt un décalage criant entre les discours de rigueur et les pratiques managériales au sommet de l’institution.

Un contexte de crise financière

France Télévisions traverse une période particulièrement difficile sur le plan financier. Depuis 2017, le groupe accumule les pertes. Le déficit net atteint 81 millions d’euros en 2024. Dans ce contexte, les frais de représentation de 112 000 euros prennent une dimension symbolique forte. Les employés, confrontés à des restrictions budgétaires quotidiennes, perçoivent cette dépense comme un symbole des dérives de la direction.

L’audition parlementaire : un moment de vérité

Le mercredi 10 décembre 2025, Delphine Ernotte comparaissait devant la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité de l’audiovisuel public. Lors de cette audition, la PDG reconnaissait que le débat sur l’indépendance des médias publics était « légitime ». Une déclaration qui n’a pas suffi à apaiser les tensions. Au contraire, cette audition a ouvert la boîte de Pandore sur les pratiques de gestion au sein du groupe.

Les critiques politiques s’intensifient

Charles Alloncle, député UDR de l’Hérault, n’a pas mâché ses mots. Il qualifie de « situation catastrophique » l’état financier de France Télévisions. Pour lui, cette affaire des frais de luxe illustre les dérives d’une direction déconnectée de la réalité économique de l’entreprise. D’autres élus s’interrogent sur la responsabilité politique de cette gestion et appellent à des sanctions exemplaires.

L’information judiciaire : une étape décisive

La magistrate du tribunal judiciaire de Paris a franchi un pas majeur en ouvrant une information judiciaire. Les chefs d’accusation sont graves : abus de biens sociaux, recel, mais aussi « soustraction, détournement ou destruction de biens d’un dépôt public par le dépositaire ou l’un de ses subordonnés ». Ces qualifications pénales pourraient entraîner des peines de prison et des amendes importantes.

Le système de barter dans le collimateur

Le recours au barter publicitaire pour financer une partie du séjour suscite de nombreuses interrogations. Ce mécanisme, courant dans le monde audiovisuel, permet d’échanger des prestations contre des espaces publicitaires. Mais son utilisation pour régler une facture d’hôtel de luxe interroge sur les limites éthiques et légales. Les enquêteurs devront déterminer si ce montage respectait les procédures internes et les règles déontologiques.

Des conséquences institutionnelles majeures

Cette affaire pourrait avoir des répercussions profondes sur l’avenir de France Télévisions. La confiance des contribuables dans l’audiovisuel public est déjà fragilisée. Cette enquête judiciaire risque de l’ébranler davantage. Pour Delphine Ernotte, la pression devient insoutenable. Sa position à la tête du groupe est désormais sérieusement compromise. Le gouvernement et le CSA devront prendre position rapidement.

Une question de responsabilité collective

Au-delà du cas individuel de Delphine Ernotte, cette affaire interroge sur les mécanismes de contrôle au sein des entreprises publiques. Comment une telle dépense a-t-elle pu être validée ? Qui a donné son accord ? Les circuits de validation internes ont-ils fonctionné correctement ? Ces questions restent sans réponse et alimentent les soupçons de dysfonctionnements structurels.

Vers une réforme de la gouvernance ?

Cette affaire pourrait servir de catalyseur pour une réforme en profondeur de la gouvernance de l’audiovisuel public. Les élus appellent déjà à renforcer les contrôles et à clarifier les règles de dépenses. La transparence devient une exigence absolue. Pour restaurer la confiance, des mesures fortes devront être prises. La crédibilité de France Télévisions en dépend.