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« Le foot n’est pas fait pour les bassins larges » : Guy Roux provoque la colère avec ses propos sur le football féminin

Une phrase. Quelques mots suffisent parfois à révéler tout un monde. Guy Roux, icône du football français et entraîneur légendaire de l’AJ Auxerre, vient de franchir une ligne rouge avec des déclarations qui ont immédiatement déclenché une tempête médiatique. « Une femme est faite pour mettre des enfants au monde, avec un bassin plus large. Et le foot n’est pas fait pour les bassins larges », a-t-il déclaré lors d’un entretien au journal L’Est éclair. À 87 ans, l’ancien technicien bourguignon, pourtant adulé par des générations de supporters, montre des difficultés évidentes à s’adapter aux nouvelles réalités du sport moderne. Ces propos surviennent alors que le monde du football est déjà secoué par les déclarations polémiques de Daniel Bravo à l’encontre de Gaëtane Thiney.

Le contexte de l’interview : une critique du football féminin

 

Guy Roux s’exprimait sur la qualité spectaculaire — selon lui insuffisante — des matchs de football féminin. Interrogé sur l’attractivité des rencontres féminines, sa réponse a été sans appel : « J’ai beaucoup de respect pour ces jeunes femmes qui pratiquent leur sport favori. Mais si vous me demandez si les rencontres féminines sont spectaculaires, je vous renvoie aux matchs de D1 qui se disputent devant 800 spectateurs ». Une justification qui, pour de nombreux observateurs, confond délibérément les causes et les conséquences du sous-développement historique du football féminin en France.

Loin de s’arrêter là, l’ancien entraîneur de l’AJ Auxerre a poursuivi sur sa lancée en invoquant des arguments physiologiques pour justifier son point de vue. « Les deux genres ne sont pas faits de la même façon », a-t-il expliqué avant d’enchaîner avec sa phrase désormais célèbre sur les bassins des femmes. Puis, comme pour enfoncer le clou : « Les meilleures joueuses de foot sont taillées comme les garçons ». Une succession de propos qui relève selon les spécialistes d’une vision essentialiste et réductrice du sport féminin.

Un schéma qui se répète

Ce dérapage n’est malheureusement pas isolé dans la carrière récente de Guy Roux. En mai 2025, lors du jubilé de son ancien protégé Djibril Cissé, l’ex-entraîneur avait déjà fait polémique en utilisant le football féminin comme référence péjorative. Observant un match de légendes plus lent que d’habitude, il avait lancé : « C’est beaucoup plus lent. On voit les changements d’aile, ils ne mangent pas les places des autres, enfin c’est bien. Vous voulez que je vous fasse une comparaison audacieuse ? On dirait un match de football féminin ».

Ce précédent récent montre une tendance inquiétante chez l’une des figures les plus respectées du football hexagonal. Guy Roux, qui a bâti sa réputation sur le travail, la discipline et le respect, semble aujourd’hui prisonnier de schémas de pensée dépassés. Son incapacité à reconnaître l’évolution du football féminin et à adapter son discours à son époque ternit progressivement l’héritage d’une carrière pourtant exceptionnelle.

La réaction immédiate des réseaux sociaux

Comme souvent dans ce type de situation, les réseaux sociaux ont été le premier terrain d’expression de l’indignation collective. En quelques heures, les propos de Guy Roux ont généré des milliers de commentaires, de publications et de réactions virales. Les hashtags #GuyRoux et #FootFéminin ont rapidement atteint les tendances Twitter, témoignant de l’ampleur du débat suscité par ces déclarations.

De nombreuses joueuses professionnelles, anciennes et actuelles, ont réagi avec force. Certaines ont partagé leurs propres parcours, rappelant les obstacles qu’elles ont dû surmonter pour accéder au plus haut niveau. D’autres ont simplement publié des images de leurs matchs, laissant les faits parler d’eux-mêmes face aux préjugés exprimés par l’ancien entraîneur.

Les institutions sportives condamnent fermement

La Fédération Française de Football a rapidement réagi par communiqué. « La FFF condamne avec la plus grande fermeté les propos tenus par Guy Roux. Le football féminin est une priorité absolue pour notre fédération, et nous travaillons quotidiennement à son développement et à sa reconnaissance », a déclaré le président de l’institution. Il a rappelé les investissements massifs réalisés ces dernières années pour promouvoir le football féminin à tous les niveaux.

De son côté, la Ligue de Football Professionnel a également exprimé son désaccord avec les déclarations de Guy Roux. « Le football professionnel se doit d’être exemplaire en matière d’égalité et de respect. Les propos tenus ne reflètent en aucun cas les valeurs que nous défendons », a indiqué un porte-parole de la LFP. L’instance a annoncé qu’elle réévaluerait la participation de Guy Roux à des événements officiels dans les prochains mois.

Le football féminin répond sur le terrain

Face aux critiques de Guy Roux sur le manque de spectacle du football féminin, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La Coupe du Monde féminine 2023 a battu tous les records d’audience avec plus de 2 milliards de téléspectateurs à travers le monde. En France, les matchs des Bleues rassemblent régulièrement des millions de spectateurs devant leurs écrans.

Au niveau national, le Championnat de D1 Arkema connaît une croissance constante de sa fréquentation. Certains clubs comme l’Olympique Lyonnais ou le Paris Saint-Germain remplissent régulièrement leurs stades pour les matchs à domicile. Le PSG a même établi un record d’affluence en 2025 avec plus de 30 000 spectateurs pour une rencontre de championnat.

Les joueuses françaises, ambassadrices d’excellence

La qualité technique des joueuses françaises n’est plus à démontrer. Wendie Renard, avec ses 14 championnats de France et ses 8 Ligue des Champions, incarne l’excellence footballistique au plus haut niveau. Eugénie Le Sommer, meilleure buteuse de l’histoire des Bleues, impressionne par sa régularité et son professionnalisme. Kadidiatou Diani, avec sa vitesse fulgurante et sa technique exceptionnelle, représente la nouvelle génération du football féminin français.

Ces joueuses, parmi tant d’autres, ont consacré leur vie au football. Elles s’entraînent quotidiennement avec la même intensité, la même discipline et le même engagement que leurs homologues masculins. Réduire leur travail à des considérations anatomiques relève d’une incompréhension profonde de ce qu’est le sport de haut niveau.

L’argument physiologique : une fausse justification

Les propos de Guy Roux sur les différences physiologiques entre hommes et femmes soulèvent plusieurs questions fondamentales. Certes, des différences existent. Mais elles ne justifient en aucun cas de nier la qualité, le spectacle ou la légitimité du football féminin.

De nombreux sports sont mixtes ou réservés aux femmes sans que cela ne pose problème de spectacle. La gymnastique artistique, le patinage artistique ou la natation synchronisée attirent des millions de spectateurs à travers le monde. Personne ne remet en cause la qualité de ces disciplines en invoquant des arguments anatomiques.

Le problème soulevé par les déclarations de Guy Roux dépasse la simple question du football. Il s’agit d’une vision essentialiste qui réduit les femmes à leur biologie, niant leur agency, leurs choix et leurs capacités. Cette vision archaïque est incompatible avec les valeurs d’égalité et de respect promues par le sport moderne.

Et maintenant ? Quelles conséquences pour Guy Roux ?

La question des suites à donner à ces déclarations se pose avec acuité. Guy Roux, malgré son âge et son statut de légende du football français, ne peut prétendre à une immunité médiatique ou institutionnelle. Plusieurs scénarios sont envisagés par les observateurs du monde du football.

L’AJ Auxerre, club qu’il a marqué à jamais, devra probablement prendre position publiquement. Le club a déjà connu des périodes compliquées ces dernières années, et cette polémique pourrait venir compliquer davantage son image. Une déclaration officielle condamnant les propos de leur ancien entraîneur semble inévitable pour préserver l’intégrité institutionnelle du club.

Les médias qui font régulièrement appel à Guy Roux comme consultant ou consultant d’honneur devront également réévaluer leur collaboration. Plusieurs chaînes de télévision et radios sportives ont déjà indiqué qu’elles réfléchissaient à leur positionnement concernant l’ancien entraîneur de l’AJ Auxerre.

Une opportunité de débat sur l’évolution du football

Au-delà du cas personnel de Guy Roux, cette polémique offre une opportunité de débat plus large sur l’évolution du football français. Le chemin parcouru par le football féminin ces dernières décennies est impressionnant, mais il reste encore beaucoup à faire pour atteindre une véritable parité.

Les investissements dans les infrastructures, la médiatisation des matchs, la formation des jeunes joueuses et la reconnaissance professionnelle des sportives sont autant de chantiers qui nécessitent une attention constante. Chaque dérapage de ce type rappelle l’importance de la vigilance collective et de l’éducation aux valeurs d’égalité dans le sport.

La réaction unanime contre les propos de Guy Roux montre que les mentalités évoluent. Le temps où de tels discours pouvaient être tenus sans conséquence semble révolu. Le football français, dans sa globalité, semble prêt à tourner la page sur ces préjugés archaïques pour construire un avenir plus inclusif et plus respectueux de toutes et tous.

Reste à voir si Guy Roux, figure emblématique d’une certaine époque du football, saura reconnaître ses erreurs et s’adapter aux nouvelles réalités de son sport. Son héritage, pourtant immense, pourrait en dépendre.