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Brigitte Bardot : la République hésite à lui rendre hommage

Brigitte Bardot est morte, mais la controverse qu’elle a nourrie de son vivant ne s’éteint pas avec elle. Alors qu’Éric Ciotti appelle à un hommage national, la gauche s’y oppose fermement. Le débat dépasse le simple hommage posthume : il interroge le rôle des icônes dans une République confrontée à ses propres contradictions. Entre célébration artistique et rejet des propos polémiques, la France oscille — sans consensus en vue.

Éric Ciotti exige un hommage d’État pour BB

Dès le 29 décembre 2025, le président de l’Union de la Droite Républicaine a lancé un appel solennel à Emmanuel Macron. Selon lui, Brigitte Bardot mérite un hommage national au même titre que les grands noms du cinéma français. Il la décrit comme “la Marianne de la France éternelle” : symbole de liberté, d’élégance et d’audace.

Pour appuyer sa demande, Éric Ciotti a lancé une pétition en ligne, déjà signée par des milliers de citoyens. Il accuse la gauche de “déverser sa haine” contre une figure emblématique, ignorant son rayonnement mondial et son attachement à la cause animale.

La gauche refuse un hommage républicain

Les réactions à gauche sont immédiates et sans concession. Olivier Faure rappelle que les hommages nationaux ne sont pas des récompenses de notoriété, mais des distinctions réservées à ceux qui ont servi la République. Or, Brigitte Bardot a été condamnée à plusieurs reprises pour incitation à la haine raciale.

Ses déclarations contre les musulmans, les Réunionnais ou encore les pratiques religieuses ont marqué les esprits. Pour Sandrine Rousseau (EELV), défendre les dauphins tout en tournant le dos aux migrants relève du cynisme politique. Sarah Legrain (LFI) va plus loin : “Trop raciste pour un hommage officiel.”

Une exception discrète : le PCF salue l’artiste, pas l’activiste

Fabien Roussel, seul représentant notable de la gauche à nuancer son discours, rend hommage à “l’actrice lumineuse” qui a porté le cinéma français à l’international. Mais il évite soigneusement de mentionner ses prises de position polémiques. Ce silence en dit long sur la tension entre mémoire culturelle et responsabilité républicaine.

La droite magnifie “la Marianne rebelle”

À droite, les hommages affluent. Marine Le Pen salue “une femme libre, indomptable, profondément française”. Jordan Bardella la compare à une Marianne populaire, aimée du peuple. Ces éloges ne sont pas anodins : BB a ouvertement soutenu le Front national, appelant à voter pour ses candidates dès les années 1990.

Cette proximité avec l’extrême droite, combinée à ses déclarations répétées, rend tout hommage d’État politiquement risqué. Surtout dans un climat social déjà tendu.

L’Élysée retient son souffle

L’exécutif garde le silence. Un conseiller présidentiel reconnaît, en coulisses, que “rendre hommage à Brigitte Bardot, c’est raviver les divisions du pays”. Le président devra trancher — mais prudemment.

Le débat révèle une question centrale : peut-on séparer l’œuvre de l’auteur quand l’un et l’autre ont façonné l’image publique ? Tant que la réponse restera floue, Brigitte Bardot continuera de diviser la France — même dans la mort.