Crans-Montana : le silence brisé de Louise, rescapée de l’enfer du Constellation
Elle a vu ses collègues disparaître dans les flammes. Elle a crié pour sauver des vies. Et depuis, elle ne dort presque plus. Louise, unique serveuse indemne de l’incendie meurtrier du bar Le Constellation à Crans-Montana, rompt enfin son silence. Son récit, poignant et précis, plonge au cœur des derniers instants d’une célébration du Nouvel An qui a basculé dans l’horreur. Quarante morts. Plus de cent blessés. Et une question lancinante : aurait-on pu éviter ce drame ?
Minuit, champagne… et flammes
La soirée du 1er janvier 2026 devait être mémorable — mais pas de cette façon. Dans l’établissement géré par Jessica et Jacques Moretti, une tradition festive était prévue : envoyer simultanément une douzaine de bouteilles de champagne ornées de bougies étincelantes. Une idée spectaculaire, déjà testée la semaine précédente. Ce soir-là, les serveurs se costument, allument les mèches, et Cyane, casque sur la tête, se hisse sur les épaules de Mathieu, comme à l’accoutumée.
Mais cette fois, les flammes atteignent une décoration en mousse fixée au plafond. L’embrasement est instantané. “Je n’ai rien vu venir sur le moment”, confie Louise. “C’est en visionnant les vidéos plus tard que j’ai compris.”
“L’odeur me reste dans le nez”
Alors que la chaleur devient insoutenable, Louise hurle à la foule : “Sortez tous, ça va exploser !” Elle s’échappe in extremis par la porte principale. Derrière elle, le chaos. Ses collègues — Cyane, Mattéo, Stefan — ne réchapperont pas. D’autres, comme Gaëtan ou Ambre, luttent encore contre leurs blessures.
Aujourd’hui, le traumatisme la hante. “Je vois tout le temps le visage des morts, des gens que j’ai servis… L’odeur me reste dans le nez”, murmure-t-elle. Son témoignage, recueilli par BFMTV, donne un visage humain à une tragédie statistique.
Une loi votée 86 minutes avant le feu
Le contexte institutionnel ajoute à l’incompréhension. Moins de deux heures avant l’incendie, la commune de Crans-Montana adoptait une mesure immunisant les autorités locales contre toute action en justice ou demande de réparation financière. Une coïncidence temporelle qui alimente les soupçons et freine la quête de justice des familles endeuillées.
Entre aide d’urgence et vide réglementaire
Le canton du Valais a réagi rapidement en débloquant une aide d’urgence pour les victimes. Pourtant, l’argent ne comble ni l’absence ni le besoin de vérité. Alors que l’enquête technique avance, une urgence s’impose : revoir en profondeur les règles de sécurité dans les lieux publics festifs, surtout lorsqu’ils combinent matériaux inflammables, feux ouverts et foules compactes.
Louise, elle, continue de porter le poids de ceux qui ne sont plus là. Parce que survivre, parfois, c’est aussi apprendre à vivre avec les fantômes du passé.
