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Le Juge qui punissait avec du sel, des ânes… et de la honte

Il ne ressemble à aucun autre magistrat. Pas de toge solennelle, pas de formules rigides. Michael Cicconetti, juge de l’Ohio, transforme chaque comparution en leçon vivante — parfois absurde, souvent cruelle, toujours ciblée. Depuis 1994, il impose des peines si originales qu’elles font le tour du monde… et réduisent drastiquement la récidive.

Une cour où chaque crime mérite une réponse sur mesure

À Painesville, dans l’État de l’Ohio, ce juge de 64 ans traite près de 40 dossiers quotidiens. Mais ce n’est pas sa cadence qui étonne : c’est son approche. Plutôt que d’appliquer des peines standardisées, il conçoit des sanctions directement liées au délit commis — une forme radicale de justice symbolique.

Une femme refuse de payer une course de taxi ? Elle marche les 50 km qu’elle devait parcourir. Un adolescent vole du matériel pornographique ? Il reste assis, yeux bandés, devant le magasin, tenant une pancarte « See no evil ». Une mère de famille vaporise du poivre au visage d’un employé ? Elle accepte que la victime lui rende la pareille — même si le vaporisateur ne contient que de l’eau.

Des sentences qui marquent les esprits

Cicconetti pousse parfois la logique jusqu’à l’absurde, mais toujours avec un objectif clair : faire comprendre, non seulement punir.

  • Un homme ayant traité un policier de « cochon » a dû poser à côté d’un porc de 350 livres, avec une affiche : « Ceci n’est pas un policier ».
  • Deux adolescents ayant tagué « 666 » sur une statue du petit Jésus ont traversé leur ville à dos d’âne, brandissant une excuse teintée d’humour : « Désolé pour l’insulte à l’âne, mais il est teeeeeellllement mignon ».
  • Un voleur de bicyclette a pédalé des heures pour une œuvre caritative, vêtu d’un t-shirt jaune fluo — évitant ainsi deux mois de prison.

Même l’abandon de 35 chatons en pleine forêt hivernale a valu à leur propriétaire une nuit seule dans les bois. Une symétrie glaciale, presque poétique.

Pourquoi ça marche ?

Le juge ne prétend pas innover par goût du spectacle. Il affirme puiser ses idées au moment même du jugement, guidé par l’émotion du dossier. Et les résultats parlent d’eux-mêmes : un taux de récidive estimé à 10 %, contre 75 % en moyenne aux États-Unis.

« La loi offre une liste de sanctions, dit-il. Mais on peut aussi rendre la justice de façon plus humaine — sans trahir la loi. »

Entre théâtre et rédemption

Ces peines, qualifiées par certains de « spectaculaires », relèvent en réalité d’une philosophie proche de la justice restaurative. Elles visent à reconnecter le fautif à l’impact réel de ses actes — souvent mieux qu’une cellule vide.

Et quand les condamnés eux-mêmes reconnaissent que « ça convenait parfaitement à leur crime », on comprend pourquoi ce juge attire autant de critiques que d’imitateurs potentiels.