Incendie de Crans-Montana : la loi fantôme qui protège la commune… et prive les victimes de recours
Le 1er janvier 2026, à minuit pile, une nouvelle loi entrait en vigueur dans le canton du Valais. Personne n’y prêtait attention — c’était le réveillon. Pourtant, 86 minutes plus tard, un incendie ravageait le bar Le Constellation à Crans-Montana, faisant 40 morts et plus de 116 blessés. Aujourd’hui, cette disposition légale, adoptée dans l’indifférence générale, pourrait devenir le bouclier juridique de la commune… et le mur infranchissable pour les familles en quête de vérité et de réparation.
Un texte discret aux conséquences énormes
L’article 37, alinéa 5, d’une réforme cantonale sur la gestion des ouvrages publics stipule que “l’autorité compétente ne répond pas des dommages causés par le fait que les maîtres d’ouvrage et leurs représentants enfreignent les prescriptions de la présente loi”. En clair : si un exploitant viole les règles de sécurité, ce n’est plus à la commune d’en assumer les conséquences financières ou judiciaires.
Or, dans le cas du Constellation, géré par Jessica et Jacques Moretti, aucune inspection n’avait été réalisée depuis 2020. Une faille criante, dans un lieu bondé où des matériaux inflammables côtoyaient des flammes nues. Et pourtant, grâce à cette loi, Crans-Montana pourrait échapper à toute poursuite en dommages et intérêts.
Un timing qui alimente les soupçons
Le quotidien suisse Blick a mis en lumière ce qui ressemble à une coïncidence troublante : l’entrée en vigueur à minuit, juste avant le drame. Juridiquement, rien n’interdit une telle synchronisation. Mais humainement, elle blesse. D’autant que la commune, déjà en difficulté financière, verrait dans cette loi une bouée de sauvetage — au détriment des victimes.
L’avocat Me Pascal Schmid confirme son applicabilité. “Elle est entrée en vigueur légalement. Elle s’applique donc”, explique-t-il. Une réponse technique qui laisse peu d’espoir aux proches des disparus.
Jacques Moretti : un passé qui pèse sur l’enquête
Parallèlement, les regards se tournent vers Jacques Moretti, actuellement en détention provisoire. Condamné en France pour proxénétisme aggravé et fraude aux aides au logement, il est désormais visé par une instruction pénale en Suisse. Son épouse, Jessica Moretti, fait également l’objet de rumeurs — notamment celle d’avoir emporté la caisse enregistreuse lors de l’évacuation. Aucune preuve n’a été apportée, mais la suspicion plane.
Et après ? Un précédent inquiétant
Ce cas pourrait marquer un tournant dans la responsabilité administrative en Suisse. Si une commune peut se soustraire à ses obligations de contrôle en se cachant derrière une loi votée in extremis, quelle garantie reste-t-il pour les citoyens fréquentant bars, salles de spectacle ou discothèques ?
Les victimes, elles, ne demandent ni vengeance ni scandale. Juste un droit fondamental : celui d’être entendues. Mais face à une loi conçue dans l’ombre d’un réveillon, même ce droit semble menacé.
