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Indignation après une photo souriante d’Anne Hidalgo en route pour Auschwitz

Un sourire dans un avion. Une légende sobre. Et une tempête médiatique. La publication sur Instagram par l’élu parisien Jean-Luc Roméro d’une photo montrant Anne Hidalgo et plusieurs élus hilares en partance pour le camp d’Auschwitz-Birkenau a provoqué une vive polémique. Alors que le voyage s’inscrivait dans un cadre solennel — la commémoration de la libération du camp nazi —, l’image a été perçue comme un manque de respect profond envers les victimes de la Shoah.

Le contexte du voyage mémoriel


Organisé par le Mémorial de la Shoah, ce déplacement annuel coïncide avec la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, célébrée chaque 27 janvier. Il vise à honorer les six millions de Juifs assassinés, ainsi que tous les persécutés du régime nazi. La Ville de Paris y participe régulièrement, affirmant son engagement contre l’antisémitisme et pour la défense des minorités.

Pourtant, malgré l’intention pédagogique et symbolique du voyage, c’est la manière dont il a été documenté qui a choqué. Le cliché, pris avant même l’atterrissage en Pologne, montre des visages détendus, des sourires spontanés — une normalité jugée inappropriée au regard de la destination.

Les réactions indignées des personnalités

La sénatrice Nathalie Goulet n’y est pas allée par quatre chemins : « Souriez souriez ! Mais quelle indignité ! » Sur les réseaux, le journaliste Claude Weil a comparé la scène à « une classe de CP en partance pour Eurodisney ». L’essayiste Amine El Khatmi a parlé de « honte », tandis que la chroniqueuse Zohra Bitan a insisté : « Auschwitz n’est pas un déplacement institutionnel comme un autre. La Shoah exige la retenue. Ici, elle manque honteusement. »

Qui était présent à bord ?

Aux côtés de la maire de Paris figuraient notamment Jeanne d’Hauteserre, maire du VIIIe arrondissement, et Jean-Luc Roméro, adjoint chargé des droits humains. Ce dernier, auteur de la publication, a peut-être voulu illustrer la solidarité du groupe. Mais dans l’espace public actuel, où chaque image devient un message politique, le geste a été interprété comme une faute de sensibilité historique.

Pourquoi cette image fait-elle autant réagir aujourd’hui ?

Parce que la mémoire de la Shoah est en tension. Parce que les témoins directs disparaissent. Parce que l’antisémitisme connaît un regain en France et en Europe. Dans ce climat, tout relâchement symbolique est perçu comme une brèche dans le mur du souvenir. Auschwitz n’est pas un lieu de mémoire ordinaire : c’est le symbole absolu de l’horreur industrielle. Y aller impose une posture — intérieure et extérieure.

Où se situe la limite entre humanité et solennité ?

Les défenseurs des élus rappellent qu’un sourire ne nie pas la gravité du lieu visité. Les humains rient, même en allant vers la douleur. Mais les critiques soulignent que la communication publique transforme un moment privé en acte collectif. Et quand ce moment concerne Auschwitz, il engage bien plus que des individus : il engage la République, sa mémoire, sa dignité.

La controverse dépasse donc la simple photo. Elle interroge notre capacité à transmettre le poids de l’histoire sans le banaliser — surtout à l’ère de l’image instantanée et du partage compulsif.