Précarité senior : le drame silencieux des 55-65 ans sans emploi ni retraite
De la stabilité à l’urgence : le parcours brisé de Gwenaelle
Septembre 2025 marque un tournant brutal. Après des décennies d’activité professionnelle, Gwenaelle se retrouve dépendante de l’allocation RSA, fixée à 580 euros mensuels. Une somme dérisoire face aux impératifs du quotidien. « J’ai cru jusqu’au dernier moment que je rebondirais », témoigne-t-elle. Mais le marché de l’emploi après 55 ans lui oppose un mur invisible. Des dizaines de candidatures — caissière, vendeuse saisonnière — restent sans réponse.
La menace d’un impayé de loyer devient insoutenable. En quelques heures, la décision s’impose : quitter son appartement pour rejoindre sa mère en Bretagne. Ce retour n’est pas un choix, mais une nécessité vitale. Son budget se résume désormais à l’aide sociale, un soutien familial précaire et des économies en voie d’épuisement.
Le phénomène NER : des chiffres qui interpellent
Derrière le cas individuel de Gwenaelle se cache une réalité de masse. L’acronyme NER (Ni en Emploi, ni à la Retraite) désigne ces Français coincés dans une zone grise administrative et sociale. Les données de l’Insee sont sans appel : en 2021, 16 % des 55-69 ans se trouvaient dans cette situation. Ce pourcentage grimpe à 28 % à l’approche de 61 ans.
Une précarité genrée et structurelle
Les femmes sont surreprésentées dans ce sas de précarité. Souvent moins diplômées, ayant subi des carrières hachées par les responsabilités familiales, elles paient un lourd tribut au recul de l’âge légal de la retraite. Selon la DREES, un tiers des seniors NER vivaient sous le seuil de pauvreté dès 2015. Le découragement, les problèmes de santé et un marché du travail discriminant forment un cocktail explosif.
Logement, santé, dignité : le triangle de la détresse
Vivre avec 580 euros par mois transforme l’existence en équation insoluble. Chaque dépense devient un choix cornélien. Le droit au logement vacille, les consultations médicales sont repoussées, l’alimentation se rationne. Le stress chronique érode la santé mentale. Ce sas de précarité frappe bien avant l’âge officiel du départ à la retraite, brisant des trajectoires entières.
Cette situation interroge profondément notre modèle de protection sociale. Comment des citoyens ayant contribué pendant des décennies peuvent-ils se retrouver ainsi marginalisés ? L’histoire de Gwenaelle, loin d’être isolée, appelle à une réflexion d’ampleur sur l’emploi des seniors et l’accompagnement des fins de carrière.
