Des rodaillons au cinéma ? Ségolène Royal relance le débat avec son école de cascadeurs
Alors que la France durcit sa répression contre les rodéos urbains, Ségolène Royal propose une voie radicalement opposée : transformer ces jeunes en professionnels du stunt. Dans un entretien au média Le Crayon, l’ancienne ministre évoque la création d’une école de cascadeurs comme levier de réinsertion sociale. L’idée ? Donner un cadre légal, sécurisé et même artistique à une passion trop souvent jugée comme pure délinquance.
Une passion à risque, mais une énergie à canaliser
« Les gamins à qui on prend les deux roues, c’est une passion ! » lance-t-elle sans ambages. Selon elle, ces jeunes ne cherchent pas nécessairement à défier l’ordre public. Ils cherchent de la vitesse, de la maîtrise, du frisson. Malheureusement, le bitume des cités n’est pas un circuit. Et les conséquences peuvent être fatales : plusieurs décès ont déjà été recensés ces dernières années.
Plutôt que de broyer leurs motos — une mesure appliquée systématiquement depuis les nouvelles directives du ministère de l’Intérieur —, elle préconise de les sortir des quartiers sensibles pour les immerger dans un environnement contrôlé. Son modèle ? Un internat scolaire sur un circuit inutilisé, comme celui de Montlhéry.
Un cursus complet, de la mécanique au plateau de tournage
L’idée ne se limite pas à la conduite. Ségolène Royal imagine un écosystème complet :
- Réintégration scolaire avec suivi personnalisé
- Encadrement par des motards professionnels et des forces de l’ordre
- Formation au métier de garagiste — un secteur en tension
- Initiation aux cascades pour le cinéma, en partenariat avec l’industrie audiovisuelle
« Vous pouvez très bien les mettre dans les métiers comme garagistes, il en manque », souligne-t-elle, rappelant que 40 % des postes restent non pourvus dans l’automobile. Quant aux plus doués, ils pourraient rejoindre les équipes de cascades françaises — un secteur exigeant, mais reconnu.
Un discours en plein contre-pied de la politique actuelle
La proposition arrive alors que le gouvernement accentue sa stratégie répressive. Le projet de loi « sécurité du quotidien », porté par Laurent Nunez, prévoit désormais la saisie immédiate du véhicule et la suspension automatique du permis pour les participants à des rodéos. Une logique de dissuasion, non de réhabilitation.
Dans ce climat, l’approche de Ségolène Royal semble presque iconoclaste. Elle ne nie pas le danger, mais refuse de stigmatiser. Pour elle, punir sans offrir d’alternative, c’est pousser ces jeunes dans les bras du trafic de drogue ou d’autres formes de criminalité organisée.
Entre utopie et pragmatisme
Certes, le budget, les infrastructures et la coordination entre Éducation nationale, justice, police et industrie du cinéma feraient de ce projet un casse-tête administratif. Mais n’est-ce pas précisément ce genre de défi qu’une politique publique ambitieuse devrait relever ?
Car derrière les rodéos, il y a une réalité simple : des jeunes qui veulent exister. Parfois maladroitement. Parfois dangereusement. Mais toujours visiblement. Ségolène Royal ne propose pas de les oublier. Elle propose de les regarder — et de leur tendre une autre piste, bien loin des impasses du bitume.
