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« Je sentais venir la catastrophe » : Thuram brise le silence sur la crise des Bleus

Le football français a connu des sommets avec le sacre de 1998, mais aussi des abîmes dans les années qui ont suivi. Alors que l’équipe de France traversait une période de turbulences sans précédent après le départ de Zinedine Zidane, Lilian Thuram détenait déjà la clé de ce qui allait se produire. Dans un entretien sans concession à L’Équipe, le champion du monde 1998 révèle avoir anticipé l’effondrement collectif… et tenté d’alerter la hiérarchie.

Le déclin progressif après l’ère Zidane

 

La fin d’un cycle

Le 9 juillet 2006, Zinedine Zidane quitte les terrains sur le coup de tête le plus célèbre de l’histoire du football. Son départ laisse un vide immense. Sous la houlette de Raymond Domenech, les Bleus peinent à retrouver leur identité. L’Euro 2008 en Autriche et en Suisse tourne au fiasco avec une élimination dès les phases de poules.

L’explosion en Afrique du Sud

Deux ans plus tard, la situation atteint son paroxysme lors de la Coupe du Monde 2010. À Knysna, le camp des Bleus devient le théâtre d’une mutinerie historique. L’expulsion de Nicolas Anelka pour propos déplacés envers le sélectionneur déclenche une grève des joueurs de l’équipe de France. L’image du football tricolore est durablement écornée.

Thuram, le prophète méconnu

« Je sentais venir la catastrophe. » Ces mots, prononcés par Lilian Thuram en 2021, prennent tout leur sens à la lumière des événements. Alors qu’il évoluait encore sous le maillot bleu en 2008, l’ancien défenseur de la Juventus et du Barça alerte Domenech sur son état physique.

« Au début de la compétition, j’avais prévenu Domenech que, dans la mesure où je ne jouais plus en club, je ne pourrais pas enchaîner les matches. » Un avertissement pragmatique, fondé sur une lucidité rare. Mais le sélectionneur ne l’entendra pas de cette oreille.

Un groupe en manque de maturité

Thuram pointe du doigt un problème plus profond : « Dans ce groupe régnait une grande immaturité. Certains joueurs n’avaient pas compris l’extrême exigence et tout ce qu’ils représentaient lorsqu’ils étaient en équipe de France. »

Pour lui, le scandale de Knysna n’était qu’une conséquence logique. « Ce qui s’est produit deux ans plus tard en Afrique du Sud ne m’a donc pas surpris », confie-t-il avec une franchise déconcertante.

1998 : le contre-modèle parfait

Face à ce tableau sombre, Thuram oppose le souvenir lumineux de l’équipe de France championne du monde en 1998. « Le niveau de jeu était incroyable. À l’entraînement, on jouait à trois touches de balle. Le ballon ne sortait jamais. J’en ai des frissons rien que d’en parler. »

Une alchimie unique

Il décrit une complicité rare entre coéquipiers. « Comme nous étions nombreux à évoluer à l’étranger, on se retrouvait souvent le dimanche soir, la veille du rassemblement, sans se donner rendez-vous. Juste pour le plaisir d’être ensemble. »

Dans les vestiaires, l’ambiance était détendue. « On rigolait beaucoup. » Mais dès le passage sur le terrain, tout changeait. « Dès qu’on arrivait sur le terrain, c’était concentration et détermination. Pour nous battre, c’était vraiment chaud. »

Leçons d’une crise pour l’avenir

Cette comparaison entre deux époques offre un enseignement précieux sur la gestion de groupe en football. Le talent individuel ne suffit pas sans cohésion d’équipe, sans respect mutuel, sans leadership.

Les révélations de Thuram interrogent sur les rouages du football de haut niveau. Comment éviter que l’histoire de l’équipe de France ne se répète ? Comment préserver l’unité quand les enjeux deviennent colossaux ? Autant de questions qui dépassent le simple cadre sportif pour toucher à l’essence même du collectif.

Aujourd’hui, alors que les Bleus ont retrouvé leur lustre avec des titres en 2018 et des performances régulières, le témoignage de Thuram reste un rappel salutaire. Le football est un jeu d’équipe avant tout. Et parfois, les voix les plus sages sont celles qu’on écoute le moins.