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Camélia, 17 ans : le silence brisé d’une lycéenne harcelée jusqu’au drame

« Je t’aime de tout mon cœur. » Ce message, envoyé à 16h32 le 13 janvier 2026, n’était pas une simple déclaration d’affection. C’était un adieu. Moins d’une heure plus tard, Camélia se jetait sous un train en gare de Villeparisis. Victime de harcèlement scolaire prolongé, elle avait pourtant alerté — par sa mère, par ses silences, par ses appels à l’aide muets. Mais dans les couloirs du lycée Honoré-de-Balzac à Mitry-Mory, personne n’a su — ou voulu — la protéger.

Une détresse connue, mais ignorée

Depuis plusieurs semaines, Camélia subissait moqueries, rumeurs et isolement orchestrés par des camarades de classe. Sa mère, inquiète, avait écrit au proviseur début janvier. Une première réunion eut lieu le lundi 12 janvier. Camélia en sortit troublée : « Il était en colère », confia-t-elle à sa mère. Pas contre les harceleurs — contre la lettre qui osait ébranler la paix apparente de l’établissement.

Le lendemain, à 11h24, sa mère lui envoie un message rassurant : « Le proviseur s’en occupe. » Une illusion de sécurité. Car dans l’après-midi, Camélia est rappelée dans le bureau du chef d’établissement — seule cette fois. Elle en ressort anéantie.

« Je me victimise » : la phrase qui a tout brisé

À 16h43, un nouveau message fuse : « Il a dit que je me victimise. » Puis, trois minutes plus tard, les mots les plus doux et les plus tragiques : « En tout cas, je t’aime et t’es la meilleure maman du monde. » Deux cœurs en émojis. Un dernier souffle de tendresse avant le vide.

Elle quitte le lycée sans prévenir. Une élève la voit, hagarde, rassembler ses affaires en tremblant. Personne ne la retient. Personne ne comprend que ces mots sont un cri muet. À 17h57, Camélia est déclarée morte. Elle aurait eu 18 ans dix jours plus tard.

Deux enquêtes, une question centrale

Aujourd’hui, une enquête judiciaire vise les harceleurs présumés et le proviseur. Une enquête administrative examine la gestion de la crise par l’Éducation nationale. La famille exige des comptes. Et la société entière doit se demander : combien de Camélia faudra-t-il encore avant que les signaux d’alerte ne soient pris au sérieux ?

Le harcèlement en milieu scolaire n’est pas un « passage obligé ». C’est une violence systémique. Et quand les adultes chargés de protéger les élèves rejettent la faute sur la victime, ils deviennent complices du drame.

Un système à repenser, urgemment

Malgré les campagnes officielles et les référents anti-harcèlement, trop d’établissements traitent ces situations comme des conflits mineurs. Or, le suicide d’un adolescent harcelé n’est jamais mineur. Il est le symptôme d’un échec collectif. Former les personnels, écouter sans juger, agir sans délai : ce ne sont pas des options. Ce sont des obligations morales — et légales.

Camélia n’aurait pas dû mourir. Son histoire doit servir à sauver d’autres vies. Avant qu’il ne soit trop tard.