Mark Carney électrise Davos avec un avertissement sans détour sur l’effondrement de l’ordre mondial
Une fracture, pas une transition
« Nous ne sommes pas en pleine transition. Nous sommes en pleine fracture », a-t-il affirmé avec une franchise inhabituelle dans ce cercle diplomatique. Derrière ces mots, une critique implicite mais claire des politiques unilatérales menées par certaines grandes puissances — notamment les États-Unis sous la présidence de Donald Trump, bien que jamais nommé.
Carney a décrit un monde où la géopolitique des grandes puissances échappe désormais à tout cadre normatif. « La fiction agréable selon laquelle la coopération réglerait tous les conflits est terminée », a-t-il ajouté. Ce constat marque un tournant dans le discours des dirigeants occidentaux, habitués à la diplomatie feutrée.
Les puissances moyennes face au défi existentiel
Pour le chef du gouvernement canadien, la réponse ne viendra pas des superpuissances, mais des puissances moyennes — Canada, Danemark, Allemagne, Corée du Sud, Australie, et d’autres. « Si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu », a-t-il lancé, soulignant leur rôle crucial dans la défense d’un multilatéralisme viable.
Selon lui, ces pays ont le plus à perdre dans un monde dominé par les forteresses nationales, mais aussi le plus à gagner d’une coopération internationale renforcée. Il a mis en garde contre l’illusion que la conformité ou la soumission apporteraient la sécurité : « Ce ne sera pas le cas. »
Groenland : ligne rouge pour Ottawa et Copenhague
Le Premier ministre a également réaffirmé le soutien « ferme et inconditionnel » du Canada au Danemark et au Groenland, face aux velléités expansionnistes américaines. Rappelant leur « droit unique » à décider de leur destin, il a implicitement condamné les images générées par IA publiées par Donald Trump, montrant le Groenland — ainsi que le Canada — recouverts du drapeau américain.
Cette position s’inscrit dans une stratégie plus large : celle de protéger l’Arctique comme espace de coopération, non de conquête. Une vision partagée par Ursula von der Leyen, qui, depuis Strasbourg, a elle aussi dénoncé un monde de plus en plus régi par la puissance brute.
Un moment charnière pour la diplomatie multilatérale
À l’approche du discours de Donald Trump à Davos, celui de Mark Carney a servi de contrepoids moral et stratégique. Il incarne une nouvelle génération de leadership : lucide, engagé, et refusant la passivité. Dans un contexte où les alliances vacillent et les règles s’effacent, son appel à l’unité des nations moyennes pourrait marquer le début d’un rééquilibrage géopolitique.
Car si l’ancien ordre ne reviendra pas, comme il l’a dit, alors c’est à ceux qui croient encore en la coopération de construire le suivant.
