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De la rue au perchoir : le parcours sans filtre de Sébastien Delogu

Il n’a jamais fréquenté Sciences Po. Pas plus qu’un cabinet ministériel ou un think tank parisien. Avant de siéger à l’Assemblée nationale, Sébastien Delogu passait ses nuits à conduire un taxi dans les ruelles humides de Marseille. Son CV ? Des boulots précaires, une expulsion, des nuits en voiture, et une condamnation judiciaire qu’il revendique comme un badge d’honneur. Aujourd’hui figure de proue de LFI, il incarne une trajectoire rare : celle d’un élu sorti du chaos ordinaire.

Une enfance entre syndicalisme et quartiers populaires

Né en 1987 dans les quartiers nord de Marseille, Delogu baigne dès l’enfance dans un climat de lutte sociale. Sa mère, syndicaliste, lui transmet le goût de la contestation. Son père, chauffeur de taxi, lui offre plus tard les clés d’un autre combat : celui pour la dignité des travailleurs indépendants. Ces racines façonnent un tempérament entier, peu enclin aux compromis de salon.

À 25 ans, après une expulsion, il se retrouve sans toit. Il dort dans sa voiture. Plutôt que de sombrer, il s’engage dans des collectifs de locataires. C’est là, dans les halls d’immeubles délabrés, qu’il apprend la politique — pas celle des discours, mais celle des corps présents, des pétitions signées à la va-vite, des confrontations avec les bailleurs.

Le taxi, son bureau roulant

Pendant près de neuf ans, il conduit la nuit. Station Jean-Ballard, Vieux-Port, sortie d’usines ou de bars — il connaît Marseille comme sa poche. Mais son véhicule n’est pas qu’un moyen de transport. C’est un QG mobile. Un collègue le décrit ainsi : “Sébastien, c’était ‘le bureau’. Il ne dormait jamais. Entre deux courses, il montait des dossiers, appelait des syndicats, organisait des blocages.”

Cette double vie — chauffeur de nuit et militant de jour — forge une vision radicale : le système économique broie les petits. Et il refuse de se taire.

2016 : l’année du point de non-retour

L’arrivée des VTC déstabilise le secteur du taxi. À Marseille, des centaines de chauffeurs voient leurs revenus s’effondrer. Delogu devient leur porte-voix. Il dénonce l’“ubérisation sauvage”, organise des manifestations, bloque des axes. Ces actions le mènent devant la justice. Condamné, il assume. Dans un entretien à Libération, il affirme que son casier judiciaire est une “Médaille de Guerre”.

Pour ses partisans, ce n’est pas un défaut — c’est la preuve qu’il a combattu avant de légiférer.

Un député qui ne joue pas le jeu du décorum

Élu sous l’étiquette LFI, Delogu ne cache pas ses origines. Il brandit des drapeaux palestiniens, parle fort, refuse les codes feutrés de la République. Son style dérange, mais il attire. Parce qu’il dit ce que beaucoup pensent, sans filtre. Parce qu’il vient d’en bas — et n’a pas oublié d’où il vient.

Dans une ère de défiance envers les élites, sa trajectoire fait office de récit alternatif. Pas parfait, souvent controversé, mais sincère. Et surtout, vécu.