Incendie de Crans-Montana : la chaîne des responsabilités se resserre
Le voile se lève progressivement sur les failles systémiques qui ont entouré le drame du Nouvel An à Crans-Montana. Alors que l’enquête suisse avance à pas comptés, de nouvelles figures émergent dans le dossier judiciaire. Deux responsables de la sécurité communale rejoignent désormais le couple Moretti dans le collimateur des magistrats. Une évolution qui transforme radicalement la nature de cette affaire.
Une enquête qui s’élargit au-delà du couple Moretti
Le 29 janvier 2026 marque un tournant décisif dans l’instruction ouverte après l’incendie meurtrier du bar Le Constellation. Selon des documents internes du conseil communal consultés par la presse, deux hommes jusque-là restés dans l’ombre sont désormais visés par la procédure pénale. L’un est l’ancien chargé de la sécurité de la station, l’autre occupe actuellement cette fonction.
Ces convocations prévues les 6 et 9 février prochains révèlent une stratégie judiciaire claire : établir une cartographie complète des responsabilités. L’objectif n’est plus seulement de sanctionner les gérants de l’établissement, mais d’identifier tous les maillons défaillants de la chaîne sécuritaire.
Des rapports d’inspection accablants ignorés pendant des années
Les archives municipales dévoilent un constat accablant. Le Constellation, établissement recevant du public, n’a fait l’objet que de trois inspections sécurité incendie en une décennie. La dernière remonte à 2019, soit six ans avant la tragédie du 31 décembre 2025.
En 2018, l’ancien responsable communal avait pourtant dressé un diagnostic sans appel. Sept anomalies critiques figuraient dans son rapport : escaliers en matériaux combustibles, portes d’entrée ne s’ouvrant pas vers l’extérieur, personnel non formé aux procédures d’évacuation. Un an plus tard, malgré l’absence totale de correctifs, la case « positif » était mystérieusement cochée.
La porte ouest : un symbole tragique des négligences accumulées
Un document administratif datant de 2015 prend aujourd’hui une dimension macabre. L’office cantonal avait clairement stipulé que la porte ouest du sous-sol devait servir de voie d’évacuation obligatoire et être signalée comme telle. Cette même issue est restée fermée pendant l’incendie.
C’est derrière ce battant bloqué que les secours ont découvert les corps sans vie de Cyane Panine, serveuse du Constellation, et de plusieurs clients piégés. Ce détail technique, pourtant signalé une décennie auparavant, transforme une simple omission administrative en élément central de l’enquête pour homicide par négligence.
Des recommandations jamais appliquées
L’ancien chargé de sécurité avait transmis des directives précises au propriétaire des murs, Julien Baytrison. Il exigeait notamment de limiter l’accès à cent personnes au sous-sol et cinquante dans le fumoir. Aucune de ces mesures restrictives n’a été mise en œuvre.
Ce schéma répété sur plusieurs années interroge profondément sur l’efficacité des contrôles en matière de sécurité incendie en Suisse. Comment des alertes aussi explicites ont-elles pu être ignorées sans conséquence pendant près d’une décennie ? La justice devra déterminer si cette inertie collective constitue une faute pénale partagée.
