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Mark Carney électrise Davos avec un avertissement sans détour sur l’effondrement de l’ordre mondial

Dans la quiétude feutrée du Forum économique mondial, les discours passionnés se font rares. Pourtant, mardi 20 janvier 2026, le Premier ministre canadien Mark Carney a brisé cette retenue habituelle. En à peine quinze minutes, il a tracé un diagnostic glaçant : l’ordre international n’est plus en transition — il est en train de se fracturer. Et son intervention a valu une standing ovation presque inédite à Davos.

Une fracture, pas une transition

« Nous ne sommes pas en pleine transition. Nous sommes en pleine fracture », a-t-il affirmé avec une franchise inhabituelle dans ce cercle diplomatique. Derrière ces mots, une critique implicite mais claire des politiques unilatérales menées par certaines grandes puissances — notamment les États-Unis sous la présidence de Donald Trump, bien que jamais nommé.

Carney a décrit un monde où la géopolitique des grandes puissances échappe désormais à tout cadre normatif. « La fiction agréable selon laquelle la coopération réglerait tous les conflits est terminée », a-t-il ajouté. Ce constat marque un tournant dans le discours des dirigeants occidentaux, habitués à la diplomatie feutrée.

Les puissances moyennes face au défi existentiel

Pour le chef du gouvernement canadien, la réponse ne viendra pas des superpuissances, mais des puissances moyennes — Canada, Danemark, Allemagne, Corée du Sud, Australie, et d’autres. « Si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu », a-t-il lancé, soulignant leur rôle crucial dans la défense d’un multilatéralisme viable.

Selon lui, ces pays ont le plus à perdre dans un monde dominé par les forteresses nationales, mais aussi le plus à gagner d’une coopération internationale renforcée. Il a mis en garde contre l’illusion que la conformité ou la soumission apporteraient la sécurité : « Ce ne sera pas le cas. »

Groenland : ligne rouge pour Ottawa et Copenhague

Le Premier ministre a également réaffirmé le soutien « ferme et inconditionnel » du Canada au Danemark et au Groenland, face aux velléités expansionnistes américaines. Rappelant leur « droit unique » à décider de leur destin, il a implicitement condamné les images générées par IA publiées par Donald Trump, montrant le Groenland — ainsi que le Canada — recouverts du drapeau américain.

Cette position s’inscrit dans une stratégie plus large : celle de protéger l’Arctique comme espace de coopération, non de conquête. Une vision partagée par Ursula von der Leyen, qui, depuis Strasbourg, a elle aussi dénoncé un monde de plus en plus régi par la puissance brute.

Un moment charnière pour la diplomatie multilatérale

À l’approche du discours de Donald Trump à Davos, celui de Mark Carney a servi de contrepoids moral et stratégique. Il incarne une nouvelle génération de leadership : lucide, engagé, et refusant la passivité. Dans un contexte où les alliances vacillent et les règles s’effacent, son appel à l’unité des nations moyennes pourrait marquer le début d’un rééquilibrage géopolitique.

Car si l’ancien ordre ne reviendra pas, comme il l’a dit, alors c’est à ceux qui croient encore en la coopération de construire le suivant.