Richesse ostentatoire, sécurité défaillante : les comptes qui accusent les propriétaires de Crans-Montana
Derrière les flammes qui ont dévoré le bar Le Constellation se cache une histoire d’argent qui interpelle. Alors que 40 personnes ont perdu la vie et 116 autres ont été blessées, les dossiers financiers des Moretti révèlent un contraste saisissant entre leur prospérité personnelle et la précarité des installations du bar.
Une ascension fulgurante en terre suisse
Jacques Moretti, maçon-électricien-agriculteur originaire de Corse, débarque en Suisse en 2015 avec son épouse Jessica. Le couple investit massivement dans le rachat du bar Le Constellation, injectant plus de 340 000 francs suisses dans des travaux de rénovation ambitieux.
Leur société affiche rapidement des résultats impressionnants. Dès l’année suivante, les actifs dépassent les 900 000 francs suisses. Une réussite commerciale fulgurante qui leur permet d’acquérir un studio pour loger leurs employés et de mener grand train.
Le salaire de Jessica Moretti : un mystère judiciaire
L’année 2020 marque l’apogée de leur réussite. La société dégage un bénéfice record de 190 000 francs suisses. Jacques Moretti décide alors de revoir à la hausse les rémunérations du couple.
Le sien passe de 6 000 à 7 000 francs suisses mensuels. Mais c’est le salaire de son épouse qui fait bondir les enquêteurs : Jessica Moretti voit sa rémunération grimper de 5 000 à 12 000 francs suisses par mois, soit près de 13 077 euros.
Une augmentation spectaculaire pour une femme officiellement chargée de la gestion administrative du bar. Les juges d’instruction s’interrogent sur la justification réelle de cette rémunération à cinq chiffres.
Les poursuites pour négligence criminelle
Le couple Moretti comparaît aujourd’hui devant la justice suisse aux côtés de deux autres hommes. Ils sont poursuivis pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence.
Les chefs d’accusation pointent du doigt des manquements graves aux règles de sécurité incendie. Des installations défectueuses, une maintenance insuffisante, des matériaux inappropriés : le réquisitoire dresse un tableau accablant de la gestion du bar.
L’ombre du Crédit Lyonnais
La façade de prospérité des Moretti présente des fissures. Dès 2021, le Crédit Lyonnais sonne l’alarme. La banque française découvre des irrégularités dans les dossiers de financement et exige le remboursement anticipé de tous les crédits accordés au couple.
Contraints de vendre leur appartement parisien acquis grâce à ces prêts, les Moretti doivent revoir leur stratégie financière. Un nouvel échéancier est mis en place, mais les soupçons de fraude bancaire persistent dans les dossiers judiciaires.
Le paradoxe qui accuse
L’enquête technique révèle un détail accablant. Le feu meurtrier aurait pris naissance dans une mousse antibruit de mauvaise qualité, installée de manière artisanale par les propriétaires eux-mêmes.
Comment expliquer qu’un couple capable de se verser des salaires mensuels dépassant les 19 000 francs suisses au total ait choisi d’économiser sur des matériaux aussi essentiels que la sécurité incendie ?
Cette question hante les enquêteurs et les familles des victimes. La réponse pourrait peser lourd dans le verdict final.
La caution mystérieuse
Jacques Moretti a retrouvé la liberté après le versement d’une caution de 200 000 francs suisses. Le paiement effectué par un « ami mystérieux » alimente les spéculations sur les réseaux financiers du propriétaire du bar.
Qui est cet inconnu prêt à débourser une telle somme ? Quels liens entretient-il avec le couple Moretti ? Ces questions restent sans réponse, ajoutant une couche de mystère à cette affaire déjà complexe.
Le canton du Valais mobilisé
Face à l’ampleur de la tragédie, le canton du Valais a débloqué une aide d’urgence exceptionnelle pour soutenir les victimes et leurs familles. Cette solidarité institutionnelle contraste avec l’attitude perçue comme irresponsable des propriétaires présumés.
Le procès des Moretti et de leurs co-accusés s’annonce comme un moment crucial pour la justice suisse. Il devra déterminer les responsabilités exactes dans ce drame qui a marqué l’hiver 2026 et ébranlé la petite station de Crans-Montana.
Les Moretti restent présumés innocents jusqu’à leur condamnation définitive. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes, et le contraste entre leur richesse personnelle et la sécurité défaillante de leur établissement pèse lourd dans la balance de l’opinion publique.
