Moscou menace Berlin : Medvedev évoque froidement “l’enlèvement” du chancelier Merz
Le ton monte dangereusement entre Moscou et l’Europe. Dans une déclaration d’une rare violence, Dmitri Medvedev — l’un des plus hauts responsables russes et ancien président du pays — a suggéré sans détour qu’un “enlèvement” du chancelier allemand Friedrich Merz serait non seulement possible, mais même “réaliste”. Comparant cette hypothèse aux tentatives américaines contre Nicolás Maduro, il a franchi une ligne que peu d’acteurs étatiques osent même effleurer en temps de paix relative.
Une analogie troublante avec l’affaire Maduro

Interrogé par l’agence officielle Tass, Medvedev a dressé un parallèle explicite entre la politique étrangère des États-Unis sous Donald Trump et ce qu’il présente comme une riposte légitime de la Russie. “L’équipe Trump n’a jamais hésité à agir par la force lorsqu’il s’agit de ses intérêts”, a-t-il rappelé, en évoquant les accusations judiciaires et les opérations clandestines visant le président vénézuélien.
Puis, sans transition, il a visé Berlin : “L’enlèvement du néonazi Merz pourrait être un excellent rebondissement dans cette série de carnavals.” Une formulation cynique, presque jouissive, qui vise moins à informer qu’à intimider.
Pourquoi Merz ?
La cible n’est pas choisie au hasard. Depuis son accession au poste de chancelier en décembre 2025, Friedrich Merz s’est imposé comme l’un des défenseurs les plus résolus du soutien occidental à Kyiv. Il a notamment plaidé pour la confiscation des avoirs russes gelés dans l’UE — une mesure jugée révolutionnaire, voire risquée, par plusieurs juristes européens.
Pour Moscou, cette initiative représente une déclaration de guerre financière. Et Medvedev, en qualifiant Merz de “néonazi”, cherche à discréditer non seulement l’homme, mais toute la politique allemande envers la Russie.
Un langage de guerre, même en temps de paix
Médvedev n’est pas un simple porte-parole. Il occupe une position stratégique au sein du Conseil de sécurité nationale russe, juste sous Vladimir Poutine. Ses propos, même teintés d’humour noir, sont rarement improvisés. Ils reflètent souvent la pensée du Kremlin — ou ses lignes de pression envers l’Occident.
Depuis 2022, il est sous le coup de sanctions européennes et américaines pour son rôle dans la guerre en Ukraine. Et depuis, ses déclarations se sont progressivement radicalisées, mêlant menaces nucléaires, révisionnisme historique et appels à l’action directe contre les dirigeants occidentaux.
Une menace “verbale”… ou plus ?
L’Allemagne n’a pas encore réagi officiellement à ces propos. Mais à Berlin, les services de sécurité suivent Medvedev de très près. Même si l’idée d’un enlèvement semble irréaliste sur le plan opérationnel, elle s’inscrit dans une tendance inquiétante : la banalisation des menaces contre des chefs d’État par des responsables étatiques.
Ce type de rhétorique vise à créer un climat de peur, à dissuader les alliés de Kyiv de franchir de nouvelles étapes, et à tester les limites de la réaction occidentale. En citant Trump, Medvedev joue aussi sur les fractures internes aux démocraties — notamment à l’approche des élections américaines de 2028.
Le seuil de la guerre hybride
Cette déclaration marque un nouveau tournant dans la guerre hybride menée par la Russie. Plus besoin d’espions ou de cyberattaques : les mots deviennent eux-mêmes des armes. Et quand un haut responsable évoque publiquement l’enlèvement d’un chancelier démocratiquement élu, c’est toute la notion de normes internationales qui vacille.
L’Europe devra désormais répondre non seulement aux actes, mais aussi aux paroles. Parce que, dans ce nouveau conflit, chaque phrase compte — surtout lorsqu’elle vient de Moscou.
