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Solidarité en chaîne : comment des inconnus sauvent les familles des victimes de Crans-Montana

Alors que les flammes du bar Le Constellation se sont éteintes, un autre feu continue de brûler silencieusement : celui de la solidarité humaine. Des centaines d’anonymes se mobilisent pour empêcher que les familles des victimes ne sombrent sous le poids des factures médicales.

Le piège financier qui guette les proches des blessés

Jade n’avait qu’une obsession : revoir sa sœur Alexia, 20 ans, sortie du coma après avoir été grièvement brûlée dans l’incendie meurtrier de Crans-Montana. Cette vendeuse en boulangerie ignorait que chaque visite à l’hôpital allemand spécialisé allait la plonger dans une spirale financière sans fond.

760 kilomètres à parcourir chaque semaine. Une voiture qui lâche au pire moment. Une amende de 280 francs suisses dans un train pris à la hâte. Puis 200 euros de remorquage. « Nous n’avons plus d’argent », murmure cette jeune femme de 23 ans, dont le monde s’est rétréci à une route entre la Suisse et l’Allemagne.

Facebook : le fil rouge de l’entraide

Dans le chaos administratif et financier, un réseau invisible s’est tissé sur les réseaux sociaux. Des inconnus proposent hébergement gratuit, repas chauds, covoiturage. Jade et son père dorment désormais chez des bénévoles rencontrés sur Facebook. « Sans eux, nous serions à la rue », confie-t-elle, les larmes aux yeux.

Audrey, assistante maternelle genevoise, orchestre cette chaîne de solidarité depuis son salon. « Je mets en relation les familles en détresse et les gens prêts à aider », explique-t-elle. Son téléphone ne cesse de vibrer. Messages de soutien, offres de logement, propositions de dons. Une vague humaine qui contraste avec l’indifférence perçue des institutions.

Swiss Hearts : le bouclier contre la ruine

Face à l’ampleur de la catastrophe, des proches de victimes ont fondé l’association Swiss Hearts en quelques heures. Stéphane Buchs, dont le beau-fils souffre de brûlures extrêmement graves, en est l’un des artisans. « Nous voulions un fonds commun pour toutes les familles », précise-t-il. Pas question de créer des inégalités entre les bénéficiaires.

L’enjeu est colossal. Rester des mois au chevet d’un proche hospitalisé coûte « des dizaines de milliers d’euros », selon les calculs de l’association. Transports, hébergement, nourriture, perte de revenus… Le compte en banque familial fond comme neige au soleil.

Les limites de l’aide officielle

Malgré les aides du canton et de la Confédération suisse, un gouffre financier subsiste. « Même après ces subventions, il reste beaucoup de frais », admet Stéphane Buchs avec franchise. Les chemins de fer suisses CFF n’ont remboursé que 40 francs sur les 280 de l’amende infligée à Jade. Un geste perçu comme dérisoire face à l’ampleur des besoins.

Le marathon des soins commence à peine

Les médecins ne mâchent pas leurs mots : la rééducation des grands brûlés exigera trois à quatre années de traitements intensifs. Des greffes de peau, des séances de kinésithérapie quotidiennes, un suivi psychologique à vie. Un marathon financier qui effraie les familles déjà exsangues.

Alexia, la sœur de Jade, commence à peine à communiquer. « Elle a des mouvements de lèvres et de langue comme si elle voulait nous répondre », raconte sa sœur avec une lueur d’espoir dans la voix. Mais cet espoir a un prix : celui des billets de train entre la Suisse et l’Allemagne, celui des nuits d’hôtel, celui du temps perdu au travail.

« Quand tout le monde aura oublié »

Stéphane Buchs le sait mieux que personne : les caméras de télévision vont partir. Les unes des journaux vont changer. Mais les factures, elles, continueront d’arriver. « Sur le long terme, nous serons toujours là », promet-il. « Quand tout le monde aura un peu oublié, nous, nous serons là. »

Cette promesse résonne comme un acte de foi dans l’humanité. Dans un monde où les tragédies médiatiques s’enchaînent à vive allure, Swiss Hearts incarne la mémoire active de ceux que personne ne doit abandonner.

La solidarité n’est pas un mot. C’est un hébergement gratuit en Allemagne. Un repas partagé. Un covoiturage de 760 kilomètres. Une amende contestée. Un fonds commun qui grandit jour après jour. C’est la preuve que, même face à l’horreur de l’incendie de Crans-Montana, l’entraide peut devenir un acte de résistance.