“Tu vas le faire, Emmanuel” : Trump invente une concession de Macron sur les médicaments
Donald Trump adore les récits où il joue le héros incontournable. Lundi 22 décembre 2025, depuis Mar-a-Lago, il a déclaré avoir arraché à Emmanuel Macron une décision cruciale : augmenter le prix des médicaments en France. “Emmanuel, à 100 %, tu vas le faire”, aurait-il dit, brandissant la menace de droits de douane sur les exportations françaises. Sauf qu’à Paris, on ne retient pas son rire. Ou plutôt, on corrige sèchement : cette histoire n’a jamais eu lieu.
Un président ne fixe pas les tarifs des médicaments
L’Élysée a réagi avec une rare fermeté : le récit de Trump “n’a aucun sens”. Et il suffit de connaître le fonctionnement administratif français pour comprendre pourquoi. Le prix des médicaments n’est pas décidé par le chef de l’État. Il est négocié entre l’industrie pharmaceutique, le ministère de la Santé, et le Comité économique des produits de santé (CEPS), sous l’égide de la Sécurité sociale.
«Si vous le ferez !»: Donald Trump affirme avoir contraint Emmanuel Macron à augmenter le prix des médicaments en France. pic.twitter.com/Lp0flY4OnO
— Le Figaro (@Le_Figaro) December 20, 2025
Aucune circulaire présidentielle, aucune annonce officielle, aucune hausse constatée en pharmacie. Les Français continuent à payer leurs traitements aux mêmes tarifs qu’en début d’année. L’idée qu’un coup de fil de Trump puisse modifier cette mécanique technique relève de la pure fantaisie – ou d’une méconnaissance délibérée des institutions françaises.
Un classique de la rhétorique trumpienne
Ce n’est pas la première fois que l’ancien président américain utilise des anecdotes diplomatiques pour se présenter comme un négociateur imbattable. Il a déjà affirmé avoir “fait plier” l’Allemagne, le Canada, ou encore le Mexique. Cette fois, c’est la France qui sert de décor à sa mise en scène.
Pourtant, derrière ce théâtre se cache une préoccupation réelle : le coût des médicaments aux États-Unis, parmi les plus élevés au monde. Trump veut faire pression sur l’Europe pour qu’elle paie plus, afin de justifier une baisse pour les Américains. Mais en 2025, cette stratégie bute sur une réalité simple : l’Union européenne, et la France en particulier, ne se plient pas aux ultimatums téléphoniques.
Macron, victime d’un récit qui sert Trump
Curieusement, Trump dépeint Emmanuel Macron non comme un rival, mais comme un partenaire hésitant, facilement convaincu. “Ah, je vois”, aurait-il dit, avant de céder. Une version qui efface totalement la posture souverainiste du président français sur les sujets de santé et d’industrie pharmaceutique.
En vérité, les discussions franco-américaines sur les politiques de santé sont techniques, multilatérales, et souvent bloquées par Bruxelles. Elles ne se résument jamais à une joute verbale entre deux dirigeants. Mais dans l’univers trumpien, la complexité n’a pas sa place. Seule compte la narration d’une victoire – même imaginaire.
